Trois questions à Jeanne Loyher

Jeanne loyher, Directrice de la Clinique Clotilde à Sainte Clotilde, La Réunion (97), groupe Clinifutur


1. Récemment quelle est votre plus belle réussite?
Mon combat depuis ma prise de fonction à la clinique en 2005 a été de tout mettre en œuvre pour éviter des fermetures de services par manque de personnel. La Réunion, plaque tournante de l’océan indien est une petite France avec pour particularité d’être totalement autonome de part son éloignement. Les para-médicaux rejoignant la Réunion et postulant dans le secteur public sont rémunérés jusqu’à 40% de plus que dans le privé (spécificité DOM-TOM). Il a donc fallu repenser la notion d’emploi, d’engagement et d’accueil. Nous avons donc créé des maisons de famille pour accueillir les nouveaux arrivants pour favoriser leur intégration professionnelle et surtout sociale. Une journée du nouvel arrivant est instaurée avec découverte de l’île, proposition d’activité et de tutorisation. Le but étant toujours de les accompagner car l’éloignement rend difficile l’intégration. Les résultats parlent d’eux-mêmes car en 2,5 ans nous n’avons fermé aucun service. Dans un autre domaine nous avons inauguré en 2009 notre nouveau pôle mère-enfant avec un service néonatal ayant pour particularité 4 chambres « mère-enfant ». Ce service propose une offre de soins complémentaire et innovatrice au plus près de leurs besoins. Nous avons souhaité proposer aux parents et aux bébés une proximité des soins, un confort dans un environnement gai et chaleureux.  

2. Quel est votre échec le plus cuisant ?
Une épreuve très difficile pour nous sur l’île a été la crise du chikungunya en 2006. Très violente, elle nous a pris au dépourvu. Globalement, tout le monde a été touché, personnels y compris. En l’absence de déclenchement du plan blanc, nous avons dû gérer la crise par nous-mêmes avec une baisse substantielle de moyens humains et surtout, contrairement à nos confrères du public, sans renfort de la métropole. Nous ne pouvons que pointer du doigt cette injustice alors que le caractère exceptionnel de la situation aurait dû nous autoriser à réquisitionner et à mutualiser les moyens. Nous nous sommes particulièrement inquiétés pour la continuité des soins au sein de notre maternité et les risques d’infections fœtales. Nous avons subi une baisse d’activité de l’ordre de 40% et nous avons mis quelque 9 mois à nous remettre de cette crise.

3. Quelle est la question d’actualité qui vous interpelle ?
La politique de santé menée actuellement me fait penser à un parapluie que l’on ouvre et que l’on referme en fonction des aléas extérieurs. Elle n’est pas réellement tournée vers la prévention et ne met pas en place des mesures pour le très long terme. Je m’interroge également sur le rôle et la place de l’hospitalisation privée dans le cadre des coopérations avec le secteur public. Je suis toujours assez surprise du décalage entre les deux secteurs en termes de vision économique, vision sociale et de modes de managements.

 

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