3 questions à Dr. Bruno Alfandari

Dr. Bruno Alfandari, chirurgien esthétique, Président du Syndicat National de Chirurgie Plastique, Reconstructive et Esthétique


Quelles leçons tirez-vous de l’affaire des prothèses PIP ?
La première est évidemment l’amélioration nécessaire de la matériovigilance… L’affaire des prothèses PIP l’a prouvé, les contrôles de l’Afssaps, qui reposent sur la déposition volontaire, ne permettent pas de repérer les escrocs. Mais attention tout de même aux pertes de sens liées au principe de précaution ! La question est maintenant la suivante : est-ce que pour un seul escroc, il faut risquer de transformer tout un secteur en un système policier, sachant que plus un système est restrictif, plus on prend le risque de freiner l’innovation… En tant que praticien, cette affaire des prothèses PIP est un coup dur, car nous sommes responsables de la santé de nos patientes. Après les patientes, nous, les chirurgiens, sommes également des victimes dans cette affaire. Aujourd’hui, il s’agit clairement d’un problème de santé publique. C’est pour cela que la voie judiciaire n’est pas la solution.


Pensez-vous que cette affaire va changer les pratiques dans les déclarations de rupture d’implant ?

Pour un chirurgien, une rupture d’implant est un événement indésirable : nous souhaitons toujours le meilleur pour nos patients. Aujourd’hui, nous travaillons à une simplification de la procédure de déclaration : il sera bientôt possible faire sa déclaration en ligne, immédiatement. Ce qu’il y a de bien en médecine, c’est que l’on ne cache rien, les chirurgiens déclarent l’ensemble de leurs complications, et c’est grâce à cela que l’on peut progresser dans nos pratiques.


Comment envisagez-vous l’organisation des 30 000 ré-opérations pour remplacer les implants fautifs et comment améliorer la coordination avec les établissements ?

Nous en sommes encore aux prémisses : un tour de table régional entre chirurgiens et établissements de santé doit être organisé par les ARS région par région pour permettre de prendre en charge le surplus d’actes lié aux explantations. L’ensemble des établissements qui détiennent une autorisation de chirurgie esthétique, publics, privés, Espic, mais aussi les centres autonomes de chirurgie esthétique (loi 2005), ont été conviés à trouver des solutions. Quand il n’y a pas de plages opératoires, ou pas assez de praticiens, on doit pouvoir mettre en place des échanges au niveau régional, et nous comptons remplir pleinement cette mission de service public. Pour nous, il est clairement essentiel d’opérer très vite ces femmes, qui sont dans une situation insupportable. On le dit souvent : on prend soin de nos patients comme on le ferait avec un de nos proches. Aujourd’hui je ne laisserai pas un proche avec un implant PIP concerné par cette « fraude ». Les explantations de ces prothèses vont coûter 60 millions d’euros à l’assurance maladie. Pour notre part, le SNCPRE a appelé ses membres à la plus grande modération pour permettre à toutes ces femmes de se faire enlever les implants, mais aussi pour permettre d’en remettre d’autres dans les meilleures conditions, sans un préjudice esthétique suite à cette douloureuse affaire. Nous avons demandé de trouver dans la majorité des cas un tarif de changement aux alentours de 1 500 euros tout compris. Nous sommes confiants : cet effort devrait être suivi par nos établissements de santé public, mais surtout privés dans lesquels ont été opérés en grande majorité nos patientes. Tous les acteurs ont bien compris que c’était dorénavant une mesure de santé publique, il ne nous reste plus qu’à faire bien notre travail, ensemble, comme à notre habitude.

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