3 questions au Dr. Irène FRACHON, Pneumologue et auteur du livre « Médiator, combien de morts ? »

Dr. Irène FRACHON, Pneumologue et auteur du livre « Médiator, combien de morts ? »

En 2011, vous avez vu votre combat contre le Médiator reconnu avec les réformes en faveur de la sécurité des patients et un procès à venir en 2012. Qu’en retirez-vous ?
Je suis heureuse que ce combat ait abouti à des mesures concrètes, notamment pour prendre en compte et venir à l’aide des victimes du Mediator, grâce au dépistage des complications chez tous les consommateurs du médicament, à la mise en place d’un fonds d’indemnisation etc. J’ai été très surprise de voir que cela déclenchait un train de réformes impressionnant mais c’est une excellente chose. Cela a rendu subitement audibles les revendications fortes d’acteurs peu écoutés (le sénateur François Autain, la députée Catherine Lemorton, Prescrire, le Formindep…) militant pour plus d’indépendance du monde de la santé vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. Et enfin, s’ouvre un élément essentiel, juridique, avec la perspective d’un procès au pénal contre Servier dès le mois de mai prochain.

À votre avis, comment doit maintenant fonctionner le système du médicament ?
Il faut un bouleversement des mentalités, chez tous les acteurs de santé, les consommateurs, les industriels, les responsables politiques, les journalistes… pour comprendre d’abord, puis analyser l’impact important et la dangerosité des conflits d’intérêt. La transparence fait partie de cet exercice d’apprentissage mais c’est insuffisant. Il faut plus d’indépendance du système (au niveau des évaluateurs, des contrôleurs, des prescripteurs..) par rapport à l’industrie pharmaceutique. Ce n’est pas encore gagné…

Vous avez été une personne médiatisée, peut-être malgré vous, comment avez-vous géré ce boom médiatique autour de vous ?
La médiatisation était voulue de ma part et donc assumée (comme une arme puissante) pour plusieurs raisons : au début pour faire connaître ce scandale en direction des victimes et susciter le débat public et aussi me protéger personnellement face aux attaques prévisibles de Servier mais aussi des autorités de santé. Cela a été très efficace. Ensuite, lorsque le scandale a éclaté, j’ai tenté d’expliquer de quoi l’on parlait (le terme de valvulopathie étant inconnu et très vague, j’ai dû expliquer à quoi ressemblait une valvulopathie au Mediator) afin de calmer les angoisses, parfois très importantes, des consommateurs de Mediator. La communication de l’Afssaps en direction de ces consommateurs a été nulle (pour ne pas changer) et a contribué à les affoler au lieu de les mettre en garde raisonnablement vis-à-vis des complications du Mediator, en les rassurant sur ce qu’ils ne risquaient pas. Ensuite, je me suis aperçue que mon témoignage était important vis-à-vis de politiques, de responsables de santé, d’étudiants, de médecins, de consommateurs, de tout un tas de groupes de personnes qui m’ont sollicitée. J’ai donc continué à témoigner dans les journaux et des conférences et débats divers. Il a fallu aussi contrer la désinformation et le déni systématique de Servier, ne pas leur laisser du terrain pour cela…. Bref, tout un « service après vente » que je n’avais pas du tout vu venir !