3 questions à Gérard Reysseguier, Pilote de la Commission Naissance de la FHP-MCO

Gérard Reysseguier, directeur de la Clinique Sarrus-Teinturiers à Toulouse (31), Pilote de la Commission Naissance de la FHP-MCO.


Comment avez-vous pris connaissance du programme PRADO? 

Le programme PRADO a fait irruption dans nos établissements par l’intermédiaire d’agents administratifs, sans formation médicale particulière. On en a d’abord entendu parler dans le cadre d’une commission obstétrique, puis il est revenu à nos oreilles que le projet était expérimenté par une CPAM de Rhône-Alpes, qui a d’ailleurs dit aux établissements qu’ils étaient obligés d’y participer. La Haute autorité en santé n’a pas été consultée pour cette expérimentation, pas plus que le Collège national des gynécologues obstétriciens, ou encore la Commission nationale de la naissance. Rappelons que jusqu’ici, tous les collèges professionnels tels que le CNGOF, le Collège national des pédiatres et la Commission nationale de la naissance ont émis des réserves sur le programme PRADO. Tout ce qui peut renforcer l’accompagnement des mamans lors du retour à domicile est une bonne chose en soi et nous y sommes très favorables, mais le pilotage par un agent administratif de la CPAM est inutile, contreproductif et peut présenter des risques.

Pourquoi ce programme pose-t-il un problème?
Le premier problème est l’absence totale de concertation et même d’information avec les professionnels quels qu’ils soient. Par ailleurs, la Caisse nationale d’assurance maladie met en place un service qui existe déjà en le présentant comme novateur ! Sur son propre site,ameli.fr, la CNAM explique à toutes les mamans qu’il est possible d’être suivi à domicile après son accouchement par un professionnel et que cette visite est prise en charge. En Haute-Garonne, des solutions existent pour faciliter ce retour : l’association des Sages-femmes libérales de Haute-Garonne a créé un réseau, avec un secrétariat dédié qui met en relation, à la demande de l’établissement, la maman et la sage-femme libérale afin de prévoir la visite à domicile après la sortie. Nous soutenons ces initiatives ! Pour nous, le programme maquille une décision exclusivement économique. PRADO est destiné à justifier une baisse du tarif des GHS d’accouchement. Le chiffre de 500 € de baisse a même été avancé dans certaines réunions… Lorsqu’on sait que le GHS d’accouchement ne permet déjà pas de couvrir les charges des maternités, une telle baisse équivaudrait à contraindre l’ensemble des maternités privées à la faillite. Les objectifs affichés sont de renforcer le suivi et d’optimiser la prise en charge, mais dans ce cas que la CNAM se rapproche des professionnels de terrain pour lesquels l’amélioration de la prise en charge de la mère et de l’enfant sont la priorité chaque jour. Rappelons qu’à J3, un bébé n’a pas toujours eu le test de Guthrie. La première consultation pédiatrique peut avoir lieu à J4. Rentrée chez elle après deux ou trois jours, la maman doit donc prendre rendez-vous, et se déplacer à nouveau ? Et que fait la maman dont le bébé fait un ictère ? Direction les urgences. Et là, la dimension « bien-être » du programme PRADO n’est plus si évidente. Enfin, comment met-on en œuvre un tel programme dans des zones où il ya déjà une pénurie de sages-femmes ?

Quelles sont les attentes des mamans? 
Un site internet, magicmaman.fr a mené une enquête auprès de 3 000 femmes en ligne. Le résultat est clair : les femmes ne réclament pas à corps et à cris de pouvoir rentrer chez elles après deux jours, mais elles souhaitent par contre que l’on améliore le circuit de l’information. L’amélioration de l’information sur les possibilités d’accompagnement et la coordination de ces accompagnements gagneront certainement à passer par les réseaux de périnatalité composés des professionnels qui existent dans toutes nos régions. Donner de l’information et un accompagnement aux parturientes, bien sûr ! Depuis deux ans qu’il a été mis à l’essai, le programme PRADO ne concerne que très peu de naissances : il a été présenté à 6 750 femmes, 4 800 en ont bénéficié. (Rappelons que le nombre de naissances par an dépasse les 800 000). Dans la présentation de retour d’expérience, on mentionne que 70 % de femmes sont satisfaites… Bien sûr, si elles n’étaient pas au courant avant qu’il était possible d’être accompagné chez soi par une sage-femme ! Pour moi, ces conclusions sont tirées à partir d’une expérimentation très parcellaire. Les agents administratifs, s’ils tiennent absolument à venir à la maternité, peuvent recueillir les déclarations de naissances, cela éviterait aux parents de devoir se déplacer à la mairie…

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