3 questions à Dr Vincent TRAVERS, chirurgien de la main à la Clinique Saint-Charles, à Lyon.

Dr Vincent TRAVERS, chirurgien de la main à la Clinique Saint-Charles, à Lyon, secrétaire général de l’association ASSPRO Scientifique et initiateur de l’enquête sur le stress des praticiens de plateaux techniques
 
Qu’est-ce qui a été à l’origine de l’étude que vous avez commandée sur le stress des chirurgiens de bloc ?
J’organise beaucoup de formations et je me suis rendu compte qu’il y avait, parmi les chirurgiens, de nombreuses tensions. Plusieurs amis et confrères dans mon entourage ont mis fin à leurs jours. Le taux de suicide chez les chirurgiens de bloc et les anesthésistes est en effet près de 2 fois supérieur à la moyenne. En 2009, une étude américaine est parue, montrant que près de 40% des chirurgiens étaient proches du burn out. Le burn out est insidieux, on se rend souvent compte que l’on en souffre lorsqu’il est déjà trop tard. Le burn out comporte trois composantes : le manque d’accomplissement personnel, la dépersonnalisation et la fatigue émotionnelle. Chez la population médicale, personne ne souffre du manque d’accomplissement personnel. Les chirurgiens interrogés aiment leur métier. En revanche, beaucoup notent une usure liée au nombre de contraintes administratives et judiciaires de la profession. Ces dernières années, l’évolution est frappante : un chirurgien doit faire face à un procès tous les 18 mois. Une fatigue émotionnelle importante peut mener à des cas de dépersonnalisation : on ne met plus la même écoute, le même affect, dans ses relations avec les patients. C’est un cercle vicieux : parce que l’on est plus capable d’offrir la même écoute, les patients sont insatisfaits, les procès se multiplient…L’étude a été réalisée à 75% dans le secteur libéral, le reste dans les autres secteurs hospitaliers, sans différence entre le secteur II et le secteur I. Chez les chirurgiens, la moyenne est de 53h travaillées par semaine, avec une base de 10h par jour, mais sans compter les congrès, le temps réservé à l’étude, etc..

 

Qu’avez-vous souhaité souligner avec cette étude ?
J’ai voulu mettre en avant les spécificités de la chirurgie et étudier la propagation du stress à tous les niveaux de notre métier. Les résultats sont étonnants : en effet, le bloc est un espace sous tension, mais qui comprend peu d’éléments de stress. Arrivent ensuite les consultations, où 10 à 15% des patients sont jugés difficiles. Soit qu’ils contestent une indication médicale, qu’ils remettent en question une tarification ou qu’ils soient agressifs. C’est ensuite l’environnement immédiat qui est source de stress, soit la structure de la clinique. Souvent les rachats par des groupes sont vécus par les chirurgiens comme une perte de prestige, par rapport à l’époque où les chirurgiens étaient encore les gestionnaires tout puissants des établissements. Cela peut aussi être une source de stress. Enfin, et c’est le dernier échelon du stress, il y a la façon dont le chirurgien est perçu par les instances, c’est-à-dire les médias, la Sécurité sociale, etc. L’image des chirurgiens a changé. Les médias oublient parfois qu’ils sont en première ligne. Personne n’écrit sur le chirurgien qui sauve 10 000 vies. On écrit sur celui qui, involontairement, en brise une. Nous n’avons pas de marge de manœuvre. Un joueur de foot qui rate un pénalty ne passe pas devant le juge. Le stress anticipatoire des chirurgiens de bloc est extrêmement important.

 

Que faites-vous pour lutter contre les effets délétères de ce stress au travail ?
Nous organisons des actions sous forme de séminaires, avec les conjoints des chirurgiens, et nous mettons en place des groupes de parole. Nous essayons de leur donner des pistes, de leur rappeler qu’ils ne sont pas isolés, que les problématiques sont les mêmes pour tous. Nous essayons de nous recentrer sur la valeur de notre métier, sur les vies que nous avons sauvées. Il faut accepter d’avoir des procès, il faut accepter de pouvoir se tromper. Cet apprentissage n’est pas évident. Ces séminaires n’ont pas plus de 20 participants, sur deux jours et demi, et des intervenants spécialistes de la gestion du stress issus de domaines très différents. Nous avons une sophrologue, un commissaire de police, un pilote d’avion et un anesthésiste également membre du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion, la police anti-terroriste). Chacun donne sa vision de son stress. Nous mettons en lumière les sources de stress potentielles et nous travaillons sur les solutions.

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