Martial Olivier-Koehret, Président de Soins coordonnés

3 questions à Martial Olivier-Koehret, Président de Soins coordonnés

L’organisation Soins coordonnés s’est mobilisée à l’instar de nombreuses autres organisations de médecins et aussi la FHP-MCO, contre la création de réseaux de soins, quelle est votre position ?
Des transformations de fond qui impactent notre pays durablement sont en train de s’effectuer sans le dire. L’indépendance des praticiens libéraux et l’accès aux soins seront remis en cause à moyen terme par cette proposition de loi Le Roux en passe d’être votée au Sénat. Cette loi ne vise pas seulement les opticiens, comme cela est présenté, mais concernera à terme l’ensemble des professionnels de santé – médecins libéraux et établissements hospitaliers – avec en ligne de mire une réduction du coût des soins. Or, les intéressés ne sont pas auditionnés. L’absence de débat et de consultation des professionnels de santé relève du déni de démocratie. Les enjeux financiers sont colossaux dans ce dossier. Le volet santé de la loi ANI (Accord National Interprofessionnel) voté également à la hussarde et en partie censuré par le Conseil constitutionnel, fait un cadeau aux instituts de prévoyance. Pour s’assurer des grands équilibres, la loi Le Roux en fait un aux mutuelles. Ces enjeux dépassent les problématiques qui nous occupent et pour lesquelles nous nous mobilisons : indépendance des médecins et accès aux soins pour tous les Français avant tout. Les professionnels de santé sont pris en étau entre les intérêts des organisations mutualistes et assurantielles.

Concrètement, comment voyez-vous l’évolution sur le terrain ?
Les médecins ne pourront pas être conventionnés par l’ensemble des mutuelles présentes sur le marché. Cela aboutira inéluctablement à une sélection de médecins et établissements de santé. Sur quel cahier des charges ? Les médecins seront-ils amenés à se regrouper sur des plateformes ? Cela pose aussi la question de l’aménagement du territoire en terme sanitaire car de telles situations de soins aggraveront les déserts médicaux. Compliquer encore la vie des médecins libéraux les pousse vers le salariat au détriment de l’accès aux soins de tous sur tout le territoire. Par ailleurs, les mutuelles ne couvrent pas 100% de la population ce qui induit une différence d’accès aux soins entre assurés et non assurés. En outre, les patients assurés sont une clientèle captive. Le discours sur la complémentaire pour tous facilite enfin le retrait de la Sécurité sociale de certains secteurs notamment l’ambulatoire. Le process actuellement en cours aura donc d’indéniables répercussions sur l’ensemble de notre système de santé.

La loi Le Roux sera votée, et demain ?
Le vote ne signera pas l’arrêt de la mobilisation d’autant que d’autres échéances comme celle du prochain PLFSS vont arriver très vite. Avant tout, il est essentiel de mettre un terme à la désinformation actuelle sur ce sujet qui ressemble bel et bien à un plafond de verre. Les organisations représentantes des jeunes médecins sont à nos côtés car elles ont pris la mesure des enjeux. Il est nécessaire et urgent d’expliquer les raisons et le sens de cette mobilisation afin que chacun prenne la pleine mesure de ce qui nous attend. La mobilisation continue, plus que jamais.

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