Les 3 questions au Professeur Corinne VONS, présidente de l’AFCA

3 questions au Professeur Corinne VONS, chirurgien digestif et général, présidente de l’Association française de chirurgie ambulatoire (AFCA)

Quelle est votre position concernant les 36,1 millions d’euros d’économies, dont près de 25 sur l’ambulatoire, planifiées en 2015 ?

Je trouve regrettable de demander de faire des économies tarifaires en chirurgie ambulatoire alors qu’elle n’est pas encore suffisamment développée, avec une assise robuste, et que les directeurs financiers ne sont toujours pas capables de nous chiffrer la réduction des coûts qu’elle peut engendrer. Comme pour chaque innovation, la chirurgie ambulatoire demande des investissements, qui n’ont pas toujours été réalisés et qui explique pourquoi dans certains établissements, elle peine à se développer en raison de l’absence d’organisation dédiée. Pourtant, de très gros efforts ont été consentis par les professionnels de santé et des résultats ont été obtenus. Nous attendons vraiment les résultats d’études de coûts de ce nouveau mode de prise en charge des patients en chirurgie. Des études de microcosting, ont été réalisées par la HAS, mais aucun résultat n’est publié.

L’AFCA s’oppose à l’abandon des 2 seuls indicateurs qualité par la HAS, quelles sont vos raisons ?

Le sujet de la qualité est essentiel pour l’AFCA. C’est bien de viser l’activité, l’efficacité, la rotation, mais nous n’entendons parler que de cet objectif en chirurgie ambulatoire : faire du « chiffre ». La qualité, l’évaluation des bénéfices, voire des risques pour le patient, ne sont même pas mesurés. Or les professionnels de soins, entre autres stimulés par la HAS sont très attentifs à la qualité et la sécurité des soins, d’autant plus qu’ils sont au contact du patient, dont ils ont les retours satisfaits ou pas. La HAS a voulu évaluer la possibilité de suivre, à l’aide de notre codage PMSI, deux indicateurs de qualité et de sécurité en chirurgie ambulatoire, internationalement reconnus et utilisés. Mais devant l’impossibilité, avec notre système de codage (en effet, les deux codes à surveiller n’existent tout simplement pas) de mesurer ces variables, la HAS a renoncé à les surveiller plutôt que de rajouter ces deux codes dans le codage PMSI (et a créé un groupe de travail pour en trouver d’autres). L’AFCA s’est indignée de ce renoncement. Ce sont d’ailleurs des indicateurs déjà mis en place dans certaines bonnes unités d’ambulatoire. La HAS nous propose de nous rencontrer très prochainement.

Comment voyez-vous le développement de la chirurgie en ambulatoire à 10 ans ?

Je vois l’avenir avec optimisme. Le secteur privé a compris la nécessité de l’investissement en présupposant de sa rentabilité. Le secteur public a de nombreux freins mais nous voyons apparaître des centres exemplaires qui motiveront les autres. Je salue les plus forts dans les deux secteurs et l’innovation remarquable de certains. Je pense enfin que c’est maintenant qu’il faut se développer, car dans 10 ans, il n’y aura plus grand chose à inventer en chirurgie ambulatoire.

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