1,2, 3 Questions du 27/04/20

Nicolas Valentin, directeur général du groupe C2S 

À la fin de la crise, chacun devra être fier de ce qu’il a fait !

Au sein du groupe C2S, 14 établissements implantés en région Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, nous accueillions encore à ce jour une cinquantaine de patients atteints du COVID. Les services d’urgences de nos cliniques ont fonctionné en moyenne à 30 % de leur activité habituelle, le flux repart à la hausse depuis quelques jours.

Certaines cliniques connaissent une forte activité, d’autres n’ont quasiment pas d’activité, voire sont fermées. Dijon, Vesoul, Mâcon, Roanne et Ambérieu-en-Bugey sont les villes de nos territoires qui ont été les plus touchées par le virus, mais heureusement nous n’avons pas connu de vague subversive de patients.

Notre ligne de conduite est de se mettre « au service de ». À la fin de la crise, chacun d’entre nous devra être fier de ce qu’il a fait. Outre le prêt de respirateurs ou de matériel, à Vesoul ou à Lons-le-Saunier par exemple, nous avons mis à disposition des soignants. Depuis le début du mois d’avril, ce sont 103 personnes au sein du groupe qui ont été détachées pour un équivalent de 7 000 heures. Des infirmières ont été dépêchées dans d’autres établissements privés, publics, dans des Ehpad et des structures de HAD. Par ailleurs, certains praticiens qui ne jouaient pas de rôle support dans leur clinique se sont rendus disponibles dans les Ehpad environnantes. Nous sommes fiers du rôle que chacun joue dans cette crise.

Dès les tous premiers jours, nous avons centralisé les besoins et organisé l’approvisionnement de matériel de protection, nous avons aussi reçu beaucoup de dons d’entreprises locales. Nous ne nous sommes jamais trouvés en difficulté opérationnelle. Il est à noter que la pénurie persiste sur les sur-blouses.

Si d’une manière générale, les directions territoriales des ARS ont joué leur rôle de régulation, ce sont les directions des établissements qui ont pris l’initiative de leur coordination et de la régulation. Pressé par la situation, chacun est très vite passé au-dessus des tensions qui pouvaient pré-exister. Roanne est un bon exemple d’une collaboration remarquable entre les acteurs de santé. Les directeurs de la Clinique du Renaison et du CH ont pris l’initiative d’une répartition des activités. En renfort, La Croix Rouge a assuré la « pré-zone d’accueil » sous tente des patients à l’entrée du site (prise de température, questionnaire, etc.). Cet établissement connaît une forte activité, il accueille les patients de médecine non COVID du territoire, dispose d’une unité en médecine COVID, et a armé des lits de surveillance continue en réanimation. Le déconfinement progressif se ressent déjà dans les services d’urgence avec plus d’accidentés de la route. En revanche sur le territoire, l’activité d’urgence cardiologique ou les AVC ont diminué de 50 %. Ce constat est très inquiétant.

À Mâcon, 35 infirmières, des IADE et des anesthésistes, sur les 250 professionnels que compte la Polyclinique du Val de Saône ont prêté main forte à l’hôpital de l’autre côté de la rue. Cet établissement, prévu pour venir en soutien de l’hôpital, a réorganisé ses lits de surveillance continue en réanimation, qui n’ont finalement pas été activés et prend en charge toute l’activité chirurgicale non COVID. À Saint-Étienne ou à Moulins, des praticiens de l’hôpital sont venus opérer dans nos cliniques. C’est une opportunité pour eux de découvrir notre fonctionnement, de même nos personnels déportés à l’hôpital expérimentent le leur. À Mâcon, alors que 100 m séparent la clinique et l’hôpital, certains praticiens n’avaient jamais traversé la rue jusqu’alors pour découvrir l’organisation de l’autre.

Revenir à l’organisation de crise d’aujourd’hui en moins de 48 heures

À partir du 11 mai et selon les autorisations qui seront données par les ARS, des régulations de patients seront mises en place sur les territoires où nous exerçons. En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons été pro-actifs et avons défendu la reprise de la chirurgie en coopération avec les établissements voisins. Les lits de réanimation ne seront pas désarmés. Même logique pour la chirurgie sans réanimation qui sera organisée aussi en fonction des flux de patients qui voudront bien reprendre le chemin des établissements hospitaliers, et des capacités que chacun pourra garantir une fois toutes les nouvelles mesures de sécurité mises en place. Dans tous les cas, les établissements s’engagent à revenir à l’organisation de crise d’aujourd’hui en moins de 48 heures. Pour ce faire, nous allons favoriser l’ambulatoire et tendre vers des DMS très courtes pour ne pas emboliser les services de chirurgie.

Demain, il sera souhaitable d’intégrer en systématique dans nos scénarios, l’impossible tenue d’une cellule de crise en présentiel. Certains outils informatiques devront rester déployés au plus grand nombre… Les réunions de la cellule peuvent naturellement être virtuelles, mais ne remplacent pas l’efficacité d’être en continu autour d’une même table.

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Fabrice Derbias, directeur de la Clinique de l’Union et Marquisat, directeur du Pôle Toulouse

Une organisation graduée

Nous avons mis en place les mêmes organisations à la Clinique de l’Union, la Clinique des Cèdres et la Clinique de la Croix du Sud, établissements Ramsay Santé du territoire de Toulouse.

Pour prendre l’exemple de la Clinique de l’Union de 400 lits, nous avons déclenché le plan blanc le 16 mars. Un poste médical avancé est installé à l’entrée des urgences où une première évaluation est faite. Les patients asymptomatiques sont orientés dans les services adhoc comme au préalable. Les patients qui présentent des symptômes sont accueillis dans un espace dédié au sein du service d’urgence reconfiguré. Jusqu’au 5 avril, si au bout de 4 heures maximum, le diagnostic n’était pas posé, malgré les examens biologiques, éventuellement les tests, un scanner, etc. et que le doute persistait, nous prenions en charge ces patients dans une zone « tampon » ambulatoire pour se donner le temps de réaliser les investigations complémentaires. Depuis le 6 avril, le Laboratoire de la Clinique de l’Union dispose de tests PCR rapides, permettant de poser un diagnostic en 45 minutes et ainsi orienter les patients pour une prise en charge immédiate.

Nous avons mis en place ensuite une organisation graduée en 3 niveaux de prise en charge des patients atteints du COVID : un secteur en réanimation qui a accueilli jusqu’à 9 malades, 4 sont encore hospitalisés ; 8 des 16 lits du service de surveillance continue ont été déportés dans une zone étanche sanctuarisée ; enfin, nous avons dédié un service de médecine de 22 lits. Concernant les équipements de protection, la satisfaction des approvisionnements hebdomadaires pilotés par le GHT a chassé l’inquiétude de pénurie de la première semaine.

L’activité COVID relativement faible sur la première semaine nous a permis de mettre à profit ce temps pour former nos personnels. Une centaine de soignants a été formée aux consignes de protection et d’habillage. Sur la réanimation spécifiquement, nous avons organisé des sessions de simulation sur le décubitus ventral (avec un infirmier faussement techniqué) afin d’être au point sur cette pratique.

La vague des patients est arrivée de façon beaucoup plus modérée que ce que nous avions craint au départ. Jusqu’alors, la Clinique de l’Union, la Clinique des Cèdres et la Clinique de la Croix du Sud ont accueilli au total une centaine de patients atteints du COVID (35 pour l’Union), dont environ 30 % en réanimation. Chacune d’entre elles a accueilli 2 des 24 patients transférés de la région du Grand-est.

À Toulouse, globalement une moitié des patients atteints du COVID est prise en charge par le CHU et l’autre moitié répartie de manière à peu près égale entre les différents établissements du territoire disposant d’une réanimation. Après une première semaine tendue, les secteurs public et privé s’entendent globalement bien, respectant un équilibre. L’organisation est coordonnée par la cellule territoriale de l’ARS composée de 6 personnes selon un mix public et privé qui se réunit tous les jours, week-ends compris.

Les 3 cliniques fonctionnent actuellement entre 20 et 23 % de leur activité habituelle. À l’Union, il s’agit principalement de l’activité en cancérologie et d’urgence chirurgicale, précisons que nous sommes l’un des plus gros sites d’urgence avec 33 000 passages à l’année. Une ré-évaluation du degré d’urgence des actes reportés est faite régulièrement, certains sont à nouveau reportés, d’autres sont réalisés.

Nous n’avons pas de détail sur l’organisation territoriale de l’après 11 mai, si ce n’est pour l’heure, de maintenir nos organisations quitte à les redimensionner à la baisse tout en gardant la capacité de les réactiver immédiatement. En interne, nous réfléchissons en groupe de travail à la modélisation d’une offre moins dimensionnée mais sur un plus long terme jusqu’au 31 décembre prochain.

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Christophe Alfandari, PDG du groupe Saint-Gatien

L’approche territoriale a pris tout son sens.

À la Clinique NCT+ – Saint-Gatien – Alliance à Tours, nous avons augmenté notre capacité de réanimation de 10 lits initiaux à 26 lits, ainsi que le nombre impressionnant de personnels associés à cette activité. Pour cela, du personnel complémentaire a été formé en renfort. Nous avons également ouvert 45 lits de médecine COVID +. Nous avons ouvert notre hélistation en urgence, selon une procédure accélérée. Par ce biais, 16 patients d’Île-de-France et des patients de l’est de la région Centre ont été transférés dans notre établissement. Les autres patients sont arrivés par notre service d’urgence.

Les soignants ont tous accepté de faire des nuits, reporter des vacances, bousculer leur planning. Les praticiens libéraux, en premier lieu anesthésistes-réanimateurs, ont entrepris et se sont engagés sans compter. Des chirurgiens se sont portés volontaires pour faire des gardes dans le service de médecine COVID, ils ont tous été remarquables.

En Indre-et-Loire, l’épidémie est restée bien maîtrisée et nous n’avons pas connu de vague.

Il est à noter que très peu de patients accueillis dans le service de médecine ont nécessité une réanimation et ont pu regagner leur domicile. Un constat partagé par les établissements de l’ouest de la région Centre.

Concernant le matériel de protection, nous nous sommes battus tous les jours. Quand le problème des masques était en partie réglé, le problème apparaissait sur l’approvisionnement des sur-blouses, puis ensuite des gants. Concernant la pénurie de produits nécessaires en réanimation, nous nous coordonnons et entraidons avec le CHU. Nous avons réussi à franchir toutes ces difficultés !

Public/privé, une coopération totale

Notre principal interlocuteur est le CHU de Tours. La coordination a été complète entre les médecins réanimateurs et les directions générales. Ensemble, et via des conférences téléphoniques permanentes, nous avons mis en place des organisations intelligentes. L’ARS a parfaitement joué son rôle. Je suis vraiment ravi car nous n’avons pas perdu de temps dans l’organisation de la lutte contre le COVID.
Les médecins généralistes ont ouvert plusieurs centres « COVID » en ville et la coordination avec la médecine de ville se passe bien. L’approche territoriale a pris tout son sens.

La suite…

Nous sommes en pleine réflexion sur l’organisation de la suite qui doit être cohérente pour nous et avec le CHU. Ces discussions ont démarré : demain, qui maintient des lits, du personnel, un service, etc. dédiés COVID ?

Au même rythme que le CHU, nous avons « dé-escaladé » notre organisation COVID. Par exemple, sur les 16 lits en réanimation que nous avons actuellement, 10 lits sont dédiés aux patients atteints du COVID. Nous espérons pouvoir maintenir cette organisation demain. Même si tout le monde a envie de tourner la page de cette première séquence, il faut avancer très doucement. Nous attendons que le Premier ministre confirme par ordonnance les annonces déjà faites.

J’ai envie de retenir de cette crise une coopération public/privé totale et un engagement exceptionnel des personnels et des médecins. Chapeau à tous !

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Hommage – Dr Jacques Fribourg

Urgentiste

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès du Dr Jacques Fribourg des suites du COVID-19 qui a été pendant 38 ans urgentiste à l’Hôpital Privé de Trappes. Il a été pendant de nombreuses années Président du Syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée (SNUHP) puis secrétaire général.
Nous vous proposons de revenir sur sa dernière interview du 13h toujours empreinte d’une certaine actualité.

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