1,2, 3 Questions du 08/06/20

Dr Franck DEVULDER – Président Les Spécialistes CSMF

Nous sommes à plus de 90 % de réduction de nos vacations

Alors que le gouvernement annonçait un passage au vert de quasiment tout le territoire national et l’entrée dans la deuxième phase de déconfinement, l’accès des patients aux blocs opératoires s’avère encore difficile. A ce titre, nous avons réalisé une enquête auprès de nos confrères médecins spécialistes libéraux. Au vu des 500 réponses obtenues de médecins de toutes spécialités et de toutes régions françaises, le constat est édifiant. A la question « Avez-vous dû soigner des pathologies plus graves en raison du retard de prise en charge ? », la réponse est oui, dans plus de 60 % des cas ! La notion de perte de chances des patients est aujourd’hui au centre de nos inquiétudes.

Le lundi 13 avril, le Président de la République a enjoint les Français à se faire soigner. Nous avons constaté à partir de ce jour une nette augmentation du nombre de consultations. Selon Doctolib, les médecins généralistes et spécialistes auraient retrouvé plus de 90 % de leur activité de consultation avant Covid.

Le problème majeur reste l’accès au bloc opératoire, aux salles de coronarographie et de cardiologie interventionnelle ainsi qu’aux salles d’endoscopies. Nous tirons la sonnette d’alarme.  En effet, quand nous interrogeons nos confrères sur leurs conditions d’accès au bloc et unités d’endoscopie, 49 % d’entre eux n’ont accès qu’à 50 % de leurs vacations habituelles. Pour 27,8 %, ils sont à ¼ de leurs vacations habituelles, et pour 10,8 %, à 75 % des vacations habituelles. En clair, nous sommes à plus de 90 % de réduction de nos vacations et plus de 75 % des médecins spécialistes ont réduit leurs vacations de plus de 50 %.

À la question « Depuis le 11 mai, êtes-vous limité en nombre d’interventions par vacations ? », les médecins répondent oui à 46,6 % en précisant que leur activité est réduite de moitié. Elle est réduite de ¾ pour 22,4 % d’entre eux et d’¼ pour 15,8 %

À la question « Est-ce que vos indications opératoires peuvent être remises en cause par votre établissement ? », la réponse est oui pour 56 % des sondés.

Lorsque nous interrogeons nos confrères sur « les raisons invoquées par votre établissement pour contraindre votre activité en bloc opératoire ou unité d’endoscopie ? », 71 % des répondants évoquent les directives des ARS craignant une 2ème vague. L’ARS invoquerait également une tension sur les produits anesthésiants pour 71,6 % des répondants. Dans 46 % des cas, les établissements invoquent le ralentissement des flux de patients dû aux gestes barrière et pour 19 % le manque de place en salle de réveil. Enfin, 23 % invoquent un manque de personnel.

L’ARS essaie par tous les moyens de mettre des freins à la reprise d’activité. Pour quelles raisons devrions-nous garder des unités Covid ouvertes ? Par peur d’une 2e vague? alors que nous avons montré notre capacité à stopper toute activité en moins de 48 heures ?

Des mécanismes de compensation

La CSMF a toujours prôné l’obtention d’une compensation totale de nos charges. Nous exerçons une profession libérale et estimons normal qu’en cas de crise sanitaire nous contraignant à stopper notre activité, nos charges soient compensées. Or, le compte n’y est pas. Nous n’avons en effet été compensés seulement à hauteur de 50 % de nos charges. En revanche, il ne nous semblait pas digne de demander une compensation de notre chiffre d’affaires dans sa totalité. Cela ne correspond pas à notre définition de l’exercice libéral.

Je rappelle que nous avons tous la possibilité de demander une indemnisation pour perte d’activité. Une première déclaration pour la période du 16 mars au 30 avril a été ouverte sur le site Amelipro en date du 30 avril dernier. A ce jour, moins de 50 % des médecins libéraux ont fait cette demande. Il est urgent qu’ils puissent le faire. Ils ont jusqu’au 25 juin pour déclarer cette première période, puis jusqu’au 14 juillet pour déclarer la période du 1er au 31 mai.

En cas de 2ème vague ou de difficultés persistantes à l’accès aux blocs opératoires, la seule compensation des charges ne suffirait plus. Les Spécialistes CSMF en ont alerté Nicolas Revel.

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Dr Jean-Paul HAMON – Président de la Fédération des Médecins de France (FMF)

Une reprise d’activité en marche mais un Ségur sans illusion

Les généralistes ont retrouvé aujourd’hui environ 70 à 80 % de leur activité avant Covid. Nous constatons une absence de consultation des enfants, par exemple souffrant d’une gastro-entérite. Par ailleurs, nous notons une fatigabilité à l’effort, des essoufflements de jeunes patients qui ont été atteints par le Covid avec des symptômes légers. On découvre tous les jours les effets du virus. Les cas sont rares, donc ce n’est pas fini même si nous avons le sentiment que l’épidémie est contrôlée parce qu’enfin nous sommes équipés avec masques, gels, tests, et stopcovid qui permettrait le dépistage de cas contacts et circonscrire rapidement un redémarrage du virus. Nos cabinets ressemblent à Fort Knox et toutes les mesures de sécurité sont prises.

Toutefois, il faut noter que encore la semaine dernière une directive de la DGS est sortie, disant que les médecins généralistes et les infirmières étaient en deuxième recours pour recevoir les masques FFP2, c’est écrit ! Nous sommes à près de 5 000 médecins contaminés et une cinquantaine de morts ! Il faut faire du ménage à la DGS et ailleurs car certains sont totalement coupés de la réalité.

Par ailleurs, c’est anormal de voir des blocs opératoires fermés dans les cliniques alors qu’elles ont fait preuve de réactivité. Je regrette qu’il n’y ait pas davantage de compensation pour la perte d’activité des médecins libéraux qui est aujourd’hui vraiment minimale. Alors que les établissements étaient compensés de leur chiffre d’affaires, j’aurais apprécié une attitude plus saignante des cliniques pour défendre les praticiens qui travaillent chez elles. Les syndicats de médecins ont bataillé : nous avons négocié pendant trois semaines avec Nicolas Revel à partir d’une proposition de grille qu’il a fini par nous imposer sans rien en changer : curieuse notion de la concertation. Aujourd’hui, nous demandons que la maigre compensation obtenue soit non imposable. On apprécie la générosité de la CARMF mais ce n’était pas son rôle mais bien celui du gouvernement.

Je ne fais pas le Ségur de la Santé pour retrouver le monde d’avant !

Le Ségur sera celui de l’hôpital alors que le lien entre la ville et l’hôpital est essentiel. On y va sans illusion. L’hôpital continue à vouloir s’étendre sur la ville alors qu’il manque de personnel et pour faire un job qui n’est pas le sien. Il y a des écoles de l’asthme ou autres instituts qui, certes, servent à recruter mais qui monopolisent énormément de ressources médicales. Pour expliquer aux enfants asthmatiques que leur lapin ou leur cochon d’Inde serait mieux à la SPA que dans leur chambre sans moquette, il n’est pas besoin de mobiliser pneumologue et infirmière qui seraient plus utiles dans les services.

Plutôt que d’augmenter le nombre de lits, il faut valoriser l’exercice libéral de ville, favoriser le retour rapide à domicile avec des équipes de soins primaires (IDE, MG, kiné). En priorité, il faut supprimer les prestataires qui sont omniprésents dans les hôpitaux et mangent la laine sur le dos des pharmaciens et des infirmières de ville. Ces prestataires « tout en un », personnel et matériel, coûtent plus chers et, en fournissant des vacataires, détruisent le suivi régulier des patients à domicile et le couple indispensable infirmière/médecin pour un retour à domicile réussi et au final se rappellent l’existence des infirmières de ville le vendredi soir pour une urgence.

Tout le monde veut se mettre sous la coupe de l’ARS : on est allé au front sans protection ou avec des masques décathlon, est ce que l’administration nous y aurait autorisé ? Laissez-nous soigner et marginalisons l’ARS et l’administration et cela coûtera moins cher !

Enfin, supprimons la concurrence entre ville et hôpital. Que l’hôpital ne fasse plus ce qui peut être fait en ville, c’est en substance le discours de Jean-Marc Ayrault dans son discours de Grenoble. Permettons à la ville d’avoir les moyens d’assurer les retours rapides d’hospitalisation. Permettons une communication simple et rapide et ne laissons pas des plates-formes de prise de rdv en ligne, comme celle de Doctolib avoir une position hégémonique qui à terme prendra le contrôle sur les médecins libéraux. Que les libéraux s’unissent pour avoir leur propre système de rdv en ligne et préservons notre indépendance !

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Dr Albert Birynczyk – Président du Syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée (SNUHP)

Sanctuarisons les services d’urgence privés comme ceux du secteur public

Depuis le 11 mai, nous notons une reprise progressive de l’activité en médecine d’urgence et nous sommes aujourd’hui à environ 80 à 90 % par rapport à une activité normale.

Les services retrouvent progressivement leurs organisations précédentes mais conservent la capacité d’isoler un patient suspect et de réaliser les tests nécessaires pour poser un diagnostic dans le respect des consignes de sécurité. Les cas de patients atteints du Covid sont très épisodiques. Les retours de mes confrères montrent que souvent les tests reviennent négatifs. La diminution du nombre de cas se confirme, l’infection est sous contrôle, je suis confiant pour l’avenir.

Pendant le confinement, certains patients ont retardé leur visite et certaines situations dégradées ont pu être constatées : par exemple une fracture du poignet, de la cheville diagnostiquées un mois et demi après. Désormais, nous constatons que la crainte est levée, la population a retrouvé le chemin des soins. L’activité en traumatologie a repris mécaniquement car simplement la vie a repris, la vie professionnelle, le sport, la voiture, etc.

L’activité des médecins urgentistes privés a certes diminué durant l’épidémie mais s’est surtout poursuivie. Les médecins urgentistes ont bénéficié des aides accordées aux médecins libéraux.

Concernant le Ségur de la santé, nous souhaitons que les médecins urgentistes libéraux soient reconnus au même titre que leurs confrères exerçant dans le secteur public et que nous soyons pleinement intégrés dans le système de soin. Nous avons démontré à nouveau durant l’épidémie que nous étions des acteurs incontournables. La coordination entre les établissements qui avaient des services d’urgence et des services Covid, ou non, a très bien fonctionné : une vraie réussite des hommes et des structures. Préservons notre place par rapport à des services de soins non programmés, notre spécialité de médecine d’urgence, et sanctuarisons les services d’urgence privés comme ceux du secteur public.

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