1,2, 3 Questions du 22/07/20

Pierre Malterre, directeur général de l’Hôpital Privé de Francheville (Périgueux)

La crise a été un booster pour améliorer nos pratiques

La période actuelle est très particulière. Nous sommes extrêmement prudents car la Gironde et la Dordogne sont des destinations touristiques et le brassage de population y est important.

Nous avions repris progressivement l’activité à environ 85 % d’activité en juin, puis, avec les congés nécessaires des salariés et des praticiens, nous avons réduit l’activité programmée jusqu’à fin août. Naturellement, une continuité d’activité est assurée pour la dialyse, la cancérologie, et les urgences. Nous reprendrons une activité normale à la rentrée.

Immédiatement avec l’hôpital de Périgueux, nous nous sommes organisés de directeur à directeur. La collaboration s’est extrêmement bien passée. L’Hôpital Privé de Francheville était « Covid free » mais nous étions parfaitement prêts si nous devions venir en soutien de l’hôpital avec une autorisation temporaire de réanimation, des services dédiés, et en aval, des soins de suite réorganisés. Par chance, la vague épidémique n’est pas arrivée chez nous. En contrepartie, la clinique a accueilli toutes les urgences. Comme ailleurs, la bobologie était en baisse, en revanche, seul service d’urgence, nous avons pris en charge de très nombreux patients lourds, notamment âgés, en traumatologie.

Les praticiens ont parfaitement compris la situation de déprogrammation brutale et de reprogrammation progressive. Praticiens et équipes ont immédiatement appelé les patients pour les rassurer et  leur expliquer les mesures de sécurité prises par l’établissement. Les praticiens veillent en amont à ce que toutes les obligations (questionnaire, test, etc.) soient respectées. Nous avons rouvert une salle de bloc supplémentaire toutes les semaines, les médecins connaissent les capacités du plateau technique et d’hospitalisation et s’organisent entre eux de façon fluide. L’approvisionnement hebdomadaire en drogue a répondu à nos besoins grâce également à la révision des protocoles anesthésiques. Les taux d’ambulatoire et de RAAC ont augmenté mais nous avons pris beaucoup de patients âgés qui ne sont pas ou peu éligibles à ces prises en charge. De toute évidence, la crise a été un booster pour améliorer nos pratiques.

En France, nous avons été très loin sur l’utilisation de l’usage unique et cette pénurie nous oblige à nous poser de vraies questions sur ce choix. Pour ce qui nous concerne, nous avons jonglé avec le tissé et l’usage unique et n’avons pas rencontré de grandes difficultés. C’est sans doute l’occasion de prendre exemple notamment sur l’Allemagne qui pratique par exemple le reprocessing.

Les situations précédente et actuelle demandent une grande plasticité aux salariés. Chez nous, aucun n’a été malade, une question de chance mais aussi le fruit des mesures mises en place très tôt notamment la mise en quatorzaine difficile à accepter pour des soignants qui veulent soigner et ne pas rester chez eux. De plus, nous venions de déménager en février un service entier et venions de distribuer une prime Macron. Les vacances arrivent au bon moment tout comme la reconnaissance financière de l’État.

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Éric Calderon, directeur du pôle Lyon Ramsay Santé

De 70 % d’ambulatoire, nous sommes passés à 75 % !

Aujourd’hui, l’activité des 6 établissements du pôle Ramsay Santé de Lyon est proche de la normale, autour de 90-95 %. Les praticiens ont beaucoup expliqué aux patients les mesures de sécurité prises dans les établissements. Très peu de patients ont reporté leur intervention. De plus, le port obligatoire du masque à partir de cette semaine nous aidera à faire respecter les gestes barrières.

Parallèlement à la prise en charge de 538 patients atteints du Covid au cours des trois derniers mois, nous avons anticipé dès fin avril la reprise d’activité. Les praticiens sont revenus et ont participé aux réunions avec les équipes pour réfléchir aux nouveaux circuits d’une reprise progressive d’activité dans le respect des recommandations. Ils sont très à l’écoute et véritablement partenaires.

Depuis, nous avons une réunion de crise hebdomadaire et exposons aux praticiens les chiffres de l’activité. Nous trouvons ensemble les solutions qui répondent au mieux aux attentes et aux contraintes de chaque partie.

La communauté médicale sort renforcée de cette période de crise : des barrières sont tombées entre eux et les équipes, ou l’encadrement. Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un avant et un après Covid dans la manière de travailler ensemble. L’esprit est plus collectif.

Pour leur part, les présidents de CME ont été des atouts majeurs, et certains se sont révélés. D’une manière générale, les CME ont gagné en légitimité et en reconnaissance aux yeux du corps médical.

4 à 5 % supplémentaires de prise en charge en ambulatoire

Les recommandations de diminution de durée d’hospitalisation, la limitation aux chambres seules, et surtout la pénurie au départ de drogues et le passage vers des anesthésies loco-régionales, nous ont amenés à revoir nos protocoles et à les améliorer. Si bien que nous avons augmenté de 4 à 5 % les prises en charge en ambulatoire. De ce point de vue, nous avons un effet post-Covid bénéfique pour tous.

L’arrêt d’activité nous a permis également en stérilisation de faire un audit de 80 % des boites d’instruments et de les réassortir. De plus, nous avons amélioré les flux de patients en ambulatoire dans un des établissements, un projet prévu que nous avons pu tester et désormais déployer. Également, nous expérimentons au mois de juillet des équipements de protection tissés, en complément de l’usage unique afin de mieux préparer l’avenir. Pour l’heure, et compte tenu de la flambée des prix du non tissé, le coût est identique, voire légèrement inférieur à celui des équipements tissés.

Sur Lyon, je dois souligner l’excellente collaboration dès mi mars avec l’ARS et les Hospices Civils de Lyon : nous avons travaillé main dans la main, chacun à sa place, et rien ne nous a été imposé. Les liens médicaux existaient, en revanche, la gestion de crise a créé des liens entre les directeurs. Nous avons appris à nous connaître et nous continuons à échanger, chacun dans la défense de sa stratégie, notamment la nôtre de veiller à ce que le patron du GHT ne devienne pas celui du territoire à la faveur notamment des accords du Ségur.

Enfin, je retiens l’engagement formidable des équipes soignantes et non-soignantes et des praticiens. Tout le monde a vraiment été un acteur de santé à 100 % quel que soit son statut ou son métier.

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