1,2, 3 Questions du 05/10/20

Pr Guy Vallancien, président de CHAM (Convention on Health Analysis and Management)

Vous introduisiez l’édition 2020 de la convention annuelle CHAM en interrogeant le système de santé autour de « Solitaires, solidaires » ? L’épidémie du Covid apporte-t-elle une réponse ?

On est typiquement dans une France coupée en deux : des institutions qui ont bousculé les normes et les réglementations pour trouver des solutions et des Français ingénieux et ultra rapides, et de l’autre côté, on a vu aussi la résistance incroyable de ceux qui ne voulaient pas bouger. Comme tout le monde, je pensais au départ que cette épidémie n’en serait pas une. Je ne serai donc pas de ceux qui iront attaquer le gouvernement. La situation est extrêmement difficile : nous découvrons « l’ennemi » au jour le jour. Comment voulez-vous prévoir dans l´imprévision totale ? En revanche, je dis : libérez les liens et foutez-nous la paix ! Un État arbitre et contrôleur exerce sa mission régalienne, mais un État gérant est une catastrophe. Il faut une énergie folle de l’exécutif au plus haut niveau pour bouger les choses, mais la résistance des administrations centrales est épouvantable.

Région, Europe, quelle est la bonne focale ?

Je suis un fervent défenseur de la régionalisation mais le chemin est long. La plupart des décideurs étatiques pensent que laisser aux élus des territoires le pouvoir et l’argent de la santé bloquerait le système : ne pas fermer la maternité ou restructurer l’hôpital car c’est celle ou celui du copain, etc. Dans le même temps, je suis indigné de l’attitude du président de la Région Sud et de la maire de Marseille, tous deux médecins, incapables de maintenir une distanciation sociale dans leur ville.

L’Europe est quant à elle bien malade. Toutefois, je suis très heureux que Ursula Von der Leyen, médecin de métier, ait tapé du poing sur la table pour que la santé devienne une priorité. Pour l’heure, le commissaire à la santé est bloqué car les états sont souverains sur le sujet. Il faudra que la Commission européenne passe au-dessus des états. S’il y a une ferme volonté d’avancer, et Emmanuel Macron suit ce sujet avec attention, les 27 devront être d’accord. L’Europe serait extrêmement puissante en termes de santé notamment face aux GAFA chinois et américains.

Nos différences sont toutefois là. Quand la Suède affiche 10 ans de plus de vie sans complication, cela interroge. Le ministre allemand de la santé, invité à CHAM, nous a expliqué que les malades allemands étaient probablement plus jeunes mais surtout, il nous a rappelé combien ils avaient été extrêmement rapides dans la riposte, disposant d’un tissu industriel et de laboratoires que la France a perdu en 30 ans. Ils ont été très bons.

Selon vous, quelles sont les nouvelles pratiques que l’épidémie a accélérées ?

Nous avons fait un énorme pas en télémédecine. L’argument qui consiste à devoir voir le malade est tombé. Le médecin généraliste connaît ses patients et ne le palpe pas pour une ordonnance ou un mal de gorge bénin. La téléconsultation est bien partie mais c’est à peu près tout.

Par ailleurs, voir transférer des malades loin quand des cliniques étaient disponibles à côté était insupportable. De même, les médecins hospitaliers ne se sont pas rebellés pour dire « nous existons » et les syndicats médicaux ne se sont pas réunis pour faire une proposition censée. Il ne faut pas résister mais être promoteur. La promotion est la plus belle des résistances. Les établissements hospitaliers publics et privés ont géré leur petite zone sans repenser le système. Nous sommes tous responsables.