1,2, 3 Questions – Dr Patrick GASSER

Dr Patrick GASSER, président d’Avenir-Spé

Vous venez d’être réélu à la présidence d’Avenir-Spé pour un mandat de quatre ans, quelle est votre feuille de route ?

La dynamique syndicale d’Avenir Spé a seulement deux ans, il a été décidé de ne pas changer de « porte drapeau » maintenant, pour pouvoir continuer nos actions. Avenir-Spé milite pour une meilleure reconnaissance du rôle de la médecine spécialisée libérale dans son ensemble, qui fait face à de nombreux obstacles, alors qu’elle est une des réponses pour pérenniser et moderniser notre système de santé.

Nous nous sommes demandé ce qu’attendent de nous les patients, la société, les tutelles politiques et les acteurs de régulation économique, et nous avons développé un programme en 6 points intitulé « Propositions pour redonner un avenir à notre système de santé ». En résumé, nous pensons que nous devons aujourd’hui réactualiser nos valeurs, hiérarchiser nos urgences, mais surtout explorer de nouvelles propositions, c’est-à-dire réfléchir à un nouveau contrat social pour le 21e siècle.

Deux thématiques nous semblent prioritaires. D’une part la réponse des médecins spécialistes face aux enjeux sanitaires : l’amélioration de l’accès aux soins spécialisés, la prévention, la formation et l’évaluation comme socle de la pertinence et de la qualité. D’autre part, l’accompagnement de l’évolution des métiers et l’intégration de la qualité d’exercice professionnel : renforcer l’attractivité, valoriser les services rendus et dynamiser et sécuriser la vie professionnelle.

Pour faire évoluer le système, quelles revendications sont prioritaires pour Avenir Spé ?

L’accès aux soins spécialisés pour tous sur l’ensemble du territoire, de même l’égalité de traitement entre tous les malades est un point central. Pour cela, nous souhaiterions que le pilotage de la politique de santé soit assuré par des soignants, et non des administratifs qui ne connaissent pas les problématiques de terrain. La mise en place d’un Observatoire de la médecine libérale spécialisée, visant à réunir les informations démographiques, les alertes et évaluer les actions mises en place s’impose.

La question de la pertinence et la qualité des prises en charge dans le parcours de soins est également essentielle, avec le bon professionnel, à la bonne place et au bon moment, ce qui serait de surcroît un facteur d’efficience médico-économique et de satisfaction patient. Plusieurs modèles sont envisageables comme des pôles de spécialistes pluridisciplinaires ou des guichets uniques de recours territoriaux, qui doivent faire l’objet de soutien financier pour leur déploiement.

La formation des paramédicaux et des étudiants en médecine est l’une de nos grandes revendications. Il nous est refusé d’aller dans les écoles ou d’accueillir des internes en stage, alors que les jeunes médecins sont demandeurs et que sur certains territoires des spécialités se trouvent uniquement dans le privé. Les jeunes médecins doivent connaître leur environnement, c’est aussi une question d’attractivité pour le mode d’exercice libéral et de connaissance de nos métiers. Aujourd’hui, cette question est selon les territoires doyen.ne dépendant.e., ce qui est inadmissible.

La revalorisation des actes nous semble par ailleurs incontournable. De nombreux spécialistes par exemple en endocrinologie, pédiatrie ou gérontologie ont des revenus inférieurs à des médecins généralistes. Avenir Spé soutient le secteur 2 et nous sommes favorables à une liberté tarifaire pour tous les spécialistes.

Dans la dynamique d’adaptation du secteur privé libéral, quels modèles d’exercice seront possibles demain ?

Nous souhaitons accompagner les spécialistes libéraux aux changements à venir. Cela passe dans un premier temps par la formation, pas celle médicale, mais entrepreneuriale, sur les plan comptable, juridique, organisationnel… Il y a un vrai manque à ce niveau-là et nous allons lancer des modules très pratico-pratiques cette année. D’autre part, aujourd’hui, les médecins ne souhaitent plus travailler de manière individuelle, et nous réfléchissons à des modèles d’entreprise innovants, associant plusieurs spécialités : un radiologue et un cardiologue… Les médecins devront être formés sur les modes de financement, l’organisation… Il faut savoir que les maisons de spécialistes ne sont actuellement pas accompagnées financièrement, contrairement aux maisons de santé. Nous avons encore un peu de travail de lobbying devant nous !