1,2, 3 Questions – Patrick CHAMBOREDON

Patrick CHAMBOREDON,
Président de l’Ordre national des infirmiers

Vous venez de terminer une consultation nationale sur l’accès aux soins sur les territoires, du point de vue des infirmiers, qu’en ressort-il ?


La crise a très durement éprouvé les professionnels de soins et les organisations, les modalités de prise en charge en ambulatoire, en ville, et dans les hôpitaux et cliniques. L’Ordre national des infirmiers a lancé en mai 2022 une consultation nationale sur les territoires afin de vérifier si les chiffres que l’on a au niveau national sont en phase avec les réalités de terrain. Plus de 40 000 infirmiers ont répondu et au regard des résultats, nous constatons que c’est assez homogène sur les territoires mais qu’il règne un certain marasme ambiant, qui nous pousse à agir.

Concernant l’accès aux soins : 93 % des infirmiers sont inquiets quant à la situation en matière de soins sur leur territoire et 77 % affirment que la difficulté d’accès à un établissement de soins et aux professionnels de santé est le premier motif de préoccupation de leurs patients ; et sur les conditions d’exercice : 88 % estiment qu’elles sont devenues plus difficiles que par le passé et 71 % jugent qu’ils ne peuvent pas consacrer suffisamment de temps à chacun de leurs patients. 65 % pensent par ailleurs que leurs compétences et leur rôle auprès des patients ne sont pas reconnus.

Est-on en train d’assister à une désaffection durable du métier d’infirmier ?

La consultation fait ressortir que 8 infirmiers sur 10 (82 %) se disent fiers d’exercer leur métier et 71 % estiment qu’en l’exerçant, ils renforcent le lien social sur leur territoire d’exercice. Donc choisir la profession infirmière fait aujourd’hui toujours du sens, mais nous traversons une crise des vocations, due entre autres au manque d’attractivité de l’exercice, renforcé par un nombre croissant de postes vacants.

Ce constat demande à ce que l’on remette l’ouvrage sur le métier afin de trouver des solutions autres que financières, puisque la partie rémunération n’est qu’un élément de l’échiquier et que des avancées ont été faites avec le Ségur ou sont en cours. La question du sens et des valeurs du métier du soin est essentielle, et elle se traduit au quotidien par le temps dont dispose un infirmier pour le seul soin, qui détermine la qualité de la prise en charge. Les conditions d’exercice ont une influence sur la qualité de prise en charge et sur le taux de satisfaction du professionnel, donc c’est un axe de travail qu’il faut poursuivre, redonner du temps au soin.

La DREES relève d’ailleurs qu’il nous faudra 1 million d’infirmiers en 2040, en phase avec l’évolution démographique du pays. Nous avons un vrai besoin de formation devant nous, et nous saluons la levée progressive du NC pour atteindre ces objectifs.

Quels sont vos travaux et revendications pour faire avancer les choses ?

Dans un premier temps, il faut remobiliser les pouvoirs publics, car les signaux d’alerte lancés depuis deux ans n’ont pas eu les effets escomptés. Si des avancées ont été faites avec la revalorisation salariale du Ségur, d’autres questions se posent.

L’Ordre national des infirmiers a commencé à faire évoluer la profession, notamment avec l’introduction de la pratique avancée en soins infirmiers, qui bénéficiera aussi aux services d’urgences sous tension, puisque des infirmiers en cours de formation auront une qualification urgences.

Nous avons également réussi à obtenir la réouverture du décret des compétences infirmières, qui permettra d’analyser en profondeur les évolutions souhaitables pour accroître la complémentarité entre les professions de soins. Le but recherché est de permettre aux infirmiers de faire plus d’actes techniques pour que les médecins se concentrent davantage sur leurs compétences médicales. 94 % des infirmiers jugent d’ailleurs qu’il est urgent d’actualiser le décret. Un transfert de compétences a déjà eu lieu lors de la crise Covid où les infirmiers ont été autorisés à vacciner la population. La crise a confirmé l’utilité et l’expertise des infirmiers.

Nous avons également d’autres propositions, des quotas de patients par infirmier…

Nous souhaitons entretenir un dialogue ouvert avec les instances syndicales représentatives, employeurs, salariés, étant donné que les infirmiers sont, avec les médecins et les autres professions paramédicales, des acteurs complémentaires qui font tourner l’hôpital et la prise en charge en ville. Des solutions doivent être trouvées ensemble.