1,2, 3 Questions – Gérard RAYMOND

Gérard RAYMOND, président de France Assos Santé

Le 30 juin 2022, vous avez été réélu à la présidence de France Assos Santé : continuité, nouveaux chantiers ?

Le renouvellement de mon mandat à la présidence assure une continuité dans notre action, c’est certain. Mais ce qui prime dans notre union, c’est le travail collectif au service des intérêts et des droits des usagers, en particulier dans le contexte sanitaire que nous traversons depuis 2020. France Assos Santé a trouvé sa place en tant qu’acteur à part entière du système de santé et interlocuteur des pouvoirs publics pour faire vivre la démocratie en santé. La crise sanitaire a accéléré le passage d’une représentation à une participation citoyenne des usagers. Désormais, notre légitimité nous permet de formuler des propositions d’évolutions législatives, réglementaires ou organisationnelles du système de santé. Le constat est aujourd’hui partagé et nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut refonder et transformer en profondeur le secteur de la santé.

Qu’entendez-vous par équipe d’offre de soins sur les territoires ?

Toute offre de soins doit tenir compte des besoins de la population sur chaque territoire. Ainsi, les professionnels de santé et les élus proposent des solutions correspondant aux attentes locales, qu’il s’agisse de santé, de prévention ou du concept d’une seule santé. Cette offre doit se construire avec la participation citoyenne de la population du territoire. Les institutions sont des régulateurs et des facilitateurs pour créer cette dynamique. L’État apporte un cadre mais laisse les acteurs décider sur le terrain. La position centrale de France Assos Santé fait que nous sommes des partenaires capables d’apporter des propositions responsables et réalistes pour participer à l’évolution de notre système.

Nous souhaitons par exemple promouvoir la pratique collective et la notion d’équipe de soins. Lors de nos premiers échanges avec les professionnels de santé sur les territoires nous avons constaté que nos définitions de la notion d’équipe d’offre de soins divergent. Pour France Assos Santé, le patient doit trouver une réponse à son urgence médicale auprès d’un professionnel de santé, dans le cadre d’une permanence des soins. Il ne s’agit pas forcément de son médecin traitant – d’autant plus que 10 millions d’usagers de la santé n’ont pas de médecin traitant – d’où la notion d’équipe d’offre de soins. Il faut coordonner et inventer ce nouveau modèle économique. Cette vision de médecine d’équipe, partagée, solidaire, s’adresse aux personnes atteintes de pathologies chroniques mais aussi aux parcours non programmés.

Et le numérique en santé ?

L’utilisation des moyens modernes de communication permet de développer le numérique en santé. Utiliser le numérique, c’est aller bien au-delà de l’outil et transformer les relations soignant/soignant et soignant/soigné. Le professionnel doit se servir de l’ensemble de ce qui est mis à sa disposition. En parallèle, les usagers apprennent à utiliser leur espace santé comme un outil de relation et de liaison avec l’ensemble des professionnels de santé.

Pour résoudre la fracture numérique, il va falloir renforcer les réseaux dans les territoires mais il faut aussi accompagner l’ensemble de la population dans cet apprentissage. Certaines personnes utiliseront le numérique si nous prenons la peine de leur apprendre à s’en servir. Il faut donc, au plus près de la population, montrer, former, expliquer. Il faudra peut-être beaucoup d’ambassadeurs pour généraliser l’utilisation de Mon Espace Santé. Ce peut aussi être la mission des associations de patients de contribuer à la pédagogie sur le terrain pour développer l’usage de ce coffre-fort de données de santé. L’acculturation de la population à ces outils doit être une priorité pour le gouvernement. Et puis, nous ne devons pas oublier les personnes en perte d’autonomie qui résident en EHPAD ou à domicile. Les EHPAD doivent disposer d’un espace réservé à la télémédecine et aux téléconsultations. Il devrait être obligatoire de former au moins une personne par établissement à la télémédecine et à la consultation du numérique en santé.

Le temps du discours est passé, nous attendons le passage à l’action pour atteindre rapidement les objectifs fixés. Et pour ceux qui l’auraient oublié, nous sommes là…

Crédits photos :  Vincent MACHER