Dr Jean-Marcel Mourgues Président de la Section Santé publique du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM)

L’Atlas de la démographie médicale en France, étude rétrospective 2007-2017 publiée par le Cnom, montre une baisse du nombre des médecins en activité régulière…

Ce n’est pas une surprise. La génération de médecins en âge de partir en retraite est celle de la période charnière, juste avant et après la mise en place du numerus clausus (juin 1972). En 1969, environ 15 000 étudiants sont passés en 2e année. Face à cette inflation des effectifs, le numerus clausus a été mis en place, mais ne comptait qu’environ 8 500 places.
Parmi les médecins retraités, nous observons une nette augmentation de ceux ayant un cumul emploi-retraite. Ils représentent désormais 6 % de l’ensemble des médecins en activité (1 % en 2007). Les mesures incitatives – Loi Fillon en 2003, déplafonnée en 2009 – ont porté leurs fruits. Nous sommes loin du Mécanisme d’incitation à la cessation d’activité (Mica) des années 1990 ! Mais ces médecins qui cumulent emploi et retraite sont de jeunes retraités (80 % d’entre eux ont entre 65 et 69 ans). En valeur absolue, leur nombre va diminuer.

La diminution de l’activité moyenne des médecins est-elle liée à la féminisation du corps médical ?

Dans le domaine, l’analyse est contre intuitive. Une idée répandue est que l’activité des médecins diminue en raison de cette féminisation. Or nous avons pu constater, grâce à notre commission jeunes médecins et à nos enquêtes, que cette diminution est un effet générationnel. Non pas que les jeunes médecins veulent travailler moins, mais parce que leur exercice professionnel a connu des modifications intrinsèques qui l’ont rendu plus compliqué. Aujourd’hui, les patients ont accès à l’information (qui n’est pas la connaissance), ils sont plus autonomes, parfois experts. Il y a aussi une idée d’obligation de résultats. Si les médecins veulent normaliser leur temps de travail, qui était très élevé par rapport à d’autres catégories socio-professionnelles, c’est parce que cette dimension sacerdotale était mieux acceptée lorsque le médecin était reconnu, respecté, et n’était pas remis en question. D’ailleurs, le burn out est transgénérationnel. L’épuisement touche beaucoup de médecins dans leurs dernières années d’exercice.

Face à la désertification médicale, le recours aux médecins étrangers semble avoir fait long feu… Comment l’expliquez-vous ?

Le Cnom n’a jamais préconisé le recours aux médecins étrangers, qui a souvent été une solution proposée par des élus « de terrain ». L’offre médicale est un marqueur de l’efficacité d’une politique communale. Difficile de convaincre les élus qu’il faut trouver une autre solution que celle du chasseur de tête, qui a l’air si simple ! Les chasseurs de tête, ca ne marche pas. Il y a eu un gradient est-ouest, et nous sommes devenus une pompe aspirante. Les chasseurs de tête ont pillé les médecins de ces pays-là. Le discours qu’on leur a tenu a probablement sous-évalué la pénibilité des postes, et minimisé les difficultés culturelles, linguistiques, et l’impact du déracinement. Ces difficultés étaient prévisibles et notre devoir est d’aider ces médecins, qui bénéficient pleinement de notre confraternité et de l’entraide ordinale, à s’intégrer dans notre système de santé. En 2017, on dénombre 22 619 médecins à diplôme étranger (11 % de l’activité régulière). Mais à l’instar de leurs confrères français, ils ne s’installent pas dans les zones définies comme déficitaires par les ARS. Pourquoi les médecins à diplômes étrangers accepteraient-ils de façon pérenne des postes dont les médecins français ne veulent pas ?

NDLR :

Au 1er janvier 2017, la France recensait 290 974 médecins inscrits au tableau, dont 47 % âgés de 60 ans et plus (27 % en 2007). 42 % étaient des femmes (37 % en 2007). Le tableau de l’Ordre dénombrait 84 862 médecins spécialistes médicaux en activité (+ 7,2 % depuis 2007), et 24 287 médecins spécialistes chirurgicaux (+ 9,6 % sur cette période). Les médecins spécialistes étaient à 54 % des hommes (moyenne d’âge 53 ans) et à 46 % des femmes (moyenne d’âge 49 ans).

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