Stanislas Niox-Château, CEO et co-fondateur de Doctolib

D’où est venue l’idée de Doctolib ?

Je me suis demandé il y a 5 ans comment je pouvais contribuer à améliorer la santé. Je n’avais ni les moyens ni les compétences pour devenir médecin ou innover dans des biotechnologies. J’ai donc opté pour une innovation organisationnelle numérique afin de rendre le monde de la santé plus humain et plus connecté. Le constat est simple. Pour les patients, le parcours de soin est opaque et l’accès aux soins est difficile. Où aller ? Pourquoi aller là plutôt qu’ailleurs ? Quelles informations sont nécessaires ? En 2017, 6 millions de Français ont renoncé à des soins en raison des difficultés d’accès ou des délais : 80 jours d’attente pour consulter un ophtalmologue, 60 pour un dermatologue. Les établissements de santé sont eux isolés, fragmentés. Les organisations des cabinets libéraux sont globalement sous-optimales, avec 300 000 praticiens libéraux qui travaillent seuls, avec 100 millions de rendez-vous non honorés par an, l’équivalent de 40 000 praticien temps plein qui ne servent à rien. Des secrétariats complexes, une collaboration faible entre les acteurs, des moyens limités. Comment améliorer tout cela ? Comment transformer la santé par le numérique ?

Que proposez-vous ?

Il faut agir sur 3 plans. Créer le cabinet médical 3.0, créer l’hôpital 3.0 et améliorer le parcours et l’accès au soin. Pour cela, 2 points sont primordiaux : travailler sur la consultation et évaluer pour chaque innovation sa performance économique, humaine, et pour le patient. Créer le cabinet 3.0, c’est d’abord dégager du temps médical. Réduire le temps administratif. Réduire les rendez-vous non honorés. S’assurer que la consultation est pertinente. 30 % des consultations font doublon ou n’interviennent pas au bon moment de la prise en charge. C’est aussi se doter d’une nouvelle génération de logiciels médicaux, pour effectuer en ligne le plus de tâches : pré-consultation, admission, téléconsultation, prescription. Enfin, le cabinet 3.0 est interprofessionnel, avec plusieurs médecins qui collaborent. En Allemagne, un médecin spécialiste a 55 % de rendez-vous en plus. Les outils, nous les avons, c’est maintenant juste une question d’usage et d’organisation. L’hôpital 3.0, c’est celui qui investit lui aussi dans la consultation, en plaçant l’expérience patient au cœur de sa démarche. Vidéoconsultation, gestion des urgences en lien avec les médecins généralistes, collaboration avec les soins primaires. Tout cela doit se faire en ligne. Adresser un patient doit se faire en 1 clic. Le numérique doit être ce moyen de transformation et de croissance.

Quel est votre positionnement sur l’accès aux données ?

La question de l’accès et du partage des données de santé, ce n’est pas la responsabilité des acteurs privés, mais celle de l’État, qui doit par exemple fournir le socle et l’infrastructure du DMP. La loi devrait contraindre les acteurs comme nous à être interopérables, à déverser leurs données dans le DMP. Après, les praticiens ou établissements de santé décident s’ils l’utilisent ou pas. In fine c’est l’usage qui doit compter. Combien de personnes font de la téléconsultation, combien de documents sont partagés entre praticiens, est-ce que cela fait gagner du temps à la secrétaire, est-ce que les conditions de travail du praticien s’améliorent ?
Doctolib n’a accès à aucune donnée, n’est propriétaire d’aucune donnée. Elles sont encryptées. C’est pour nous un élément fondamental. Les données, cela ne nous intéresse pas. Ce qui compte, c’est de fournir la meilleure technologie et le meilleur service, en pensant toujours à l’usage et à la performance économique et humaine. Dépasser l’inertie systémique sur l’innovation… Pour améliorer la santé des personnes et le quotidien des 2 millions de Français qui travaillent dans le secteur de la santé. Plus que la technologie, c’est ça qui compte : avoir une vision à long terme, et une dimension humaniste.

Cette interview a été réalisée à l’occasion du séminaire « Innovation et numérique » de Santé Cité le 16 novembre dernier.

 

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