Pr Jean Sibilia, Président de la Conférence des doyens des facultés de médecine de France

Public vs privé, vous souhaitez « casser les codes ». Expliquez-nous…

Nous avons besoin d’une union forte des professionnels de la santé. Mon objectif, en tant que président de la Conférence, c’est de favoriser l’effort culturel et idéologique nécessaire pour casser les clivages qui nous nuisent, et qui nuisent à une offre de soins modernisée, comme le propose Ma Santé 2022 par différents aspects. Les clivages ataviques sont trop nombreux entre le public et le privé, la ville et l’hôpital et au sein de l’hôpital entre les CHU et les CH. Il est devenu indispensable de faire un effort de coordination si l’on veut préserver notre système de solidarité, et faire bénéficier l’ensemble des citoyens des innovations et de la transformation numérique en cours. Les temps ont changé. On ne peut plus travailler en petits bastions publics ou privés. Co-construire, tout le monde en parle, il faut maintenant le faire. C’est ma vision, mon approche, j’aimerais la partager pour avancer ensemble.

Réforme de la formation des médecins : où en sont les universités ?

La Conférence des Doyens est le garant de la formation médicale qui doit être modernisée à un objectif : la qualité. La formation en santé doit être plus réactive, adaptée à l’explosion du numérique et aux enjeux de la médecine de demain. C’est pourquoi nous avons initié une grande réforme, ambitieuse, qui s’applique aux 3 cycles de formation, de manière cohérente et globale. C’est un travail de fond, assez complexe, et tout n’est pas encore stabilisé. Il est prévu de supprimer le numerus clausus et la Paces, transformer le 2nd cycle, finaliser la réforme du 3et faire aboutir l’intégration universitaire des métiers de la santé… Préparer les enjeux de demain passe aussi par la mise en place d’une véritable coordination pluri-professionnelle qui respecte l’expertise de chacun. La gradation des soins dans nos territoires nécessite que l’on travaille tous ensemble, avec chacun une feuille de route claire. Nous souhaitons former les médecins à tous les types d’exercices, donc les « sortir » de l’hôpital, comme nous le faisons depuis quelques années en médecine générale tout en affirmant le lien Ville-Hôpital. Ainsi, il faut développer les terrains de stages hors des CHU, y compris dans les cabinets de spécialistes libéraux et les établissements de santé privés. Les exigences et le cadre pédagogiques seront les mêmes qu’en CHU, avec une maîtrise de stage assurée par un praticien ou une équipe formés et évalués.

Cette réforme de la formation implique une vision nouvelle qui est centrée sur la compétence et la pertinence avec le souci de renforcer les approches éthiques et déontologiques. Cette réforme doit aussi induire une plus grande prise en compte du bien-être des étudiants et des futurs soignants avec une capacité plus grande à « manager » et vivre ensemble.

Pourquoi développer les formations extra-hospitalières ?

L’université est la « maison-mère » de la formation initiale. Ainsi, le CHU doit rester le « cœur du réacteur » car c’est là que sont les enseignants chercheurs et que l’ensemble des missions sont rassemblées. Mais le CHU doit préparer à tous les exercices, avec un dosage significatif de formations extra-hospitalières. La gradation des soins appelle logiquement une gradation de la formation. Par exemple, la prise en charge médicale et les actes de chirurgie polyvalente effectués hors des CHU pourraient l’être par un praticien spécifiquement formé à une chirurgie polyvalente de proximité, qui assurera des soins de haute qualité. Les points de résistance sont nombreux, mais il faudra avancer, car l’objectif est bien que les CHU disséminent les savoirs et les compétences dans les territoires. « Gagner du terrain » au sein de nos écosystèmes, nous affirmer comme des coordinateurs incontournables de la formation et de la recherche en santé mais aussi comme des acteurs sociétaux responsables, voici les grands axes de travail de la Conférence des doyens des facultés de médecine de France. Pour cela, nous voulons affirmer sa force politique afin de peser dans les grands dossiers actuels et à venir.

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