Dr Albert Birynczyk, président du Syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée (SNUHP)

Comment   réagissez-vous   à   l’actualité   autour   de   votre   spécialité,  avec   la   grève   des   urgentistes ?

La période estivale approche et nous sommes bien évidemment solidaires et inquiets de la situation des urgences publiques. Nous apportons à nos confrères notre soutien sur leur principale revendication : les conditions de travail dans les services d’urgence, qui mettent effectivement en danger la qualité, quand ce n’est pas la sécurité des soins. Ces difficultés existent depuis de très nombreuses années et tendent à s’aggraver. Nous comprenons leur lassitude faute de réelles solutions proposées. Les activités des services d’urgence publics et privés sont interdépendantes. Nous sommes complémentaires et nous renforçons le système public dans de nombreux territoires. Une défaillance brutale dans leur fonctionnement peut avoir des répercussions sur nous.
Il ne faut pas se leurrer : urgentistes libéraux ou salariés de l’hôpital, nous provenons du même moule, nous pratiquons la même médecine d’urgence, avec les mêmes contraintes d’exercice. Nous soignons les mêmes patients, souvent fragiles, polypathologiques, âgés, en difficulté sociale. Nous comprenons donc les difficultés endurées par l’hôpital, mais nous ne partageons pas les mêmes problèmes car notre fonctionnement et notre statut sont différents.

Qu’est-ce que vous faites différemment, dans les services d’urgence privés ?

D’abord, il faut considérer que le lien entre les établissements et nous, praticiens libéraux est très différent dans le privé : chez nous, il n’y a pas de lien hiérarchique, mais un véritable partenariat. Cette collaboration permet de mettre en avant très clairement les rôles et les missions de chacun. L’établissement met à notre disposition le matériel, les locaux et le personnel, mais surtout il est responsable d’une gestion efficace des lits en aval, élément indispensable au bon fonctionnement du service. Nous sommes ensuite épaulés par un ensemble de médecins de spécialités qui apportent leur concours dans la prise en charge les patients, dans le service des urgences, puis en aval de celui-ci. À nous d’assurer le H24 et de pratiquer le cœur de notre métier : réagir à l’urgence. Ce fonctionnement tripartite permet de fluidifier le parcours des patients. Chez nous, tous les patients sont vus en consultation, parfois même pour des troubles bénins. La désertification médicale est en croissante augmentation, on ne peut donc pas toujours blâmer les patients et dire qu’ils utilisent les urgences de manière abusive. Cependant, il est indispensable de promouvoir et structurer la médecine libérale de ville pour offrir à la population un accès aux soins primaires efficaces, évitant ainsi le recours aux urgences. Le rôle de la régulation médicale y est également primordial.

Votre secteur rencontre-t-il également des difficultés ?

Nous ne sommes pas épargnés par la pénurie médicale qui frappe de nombreuses spécialités médicales. Nous exerçons généralement dans de petites équipes de médecins, souvent sans l’aide d’internes en médecine et nous sommes également soumis au manque d’effectifs. Nous partageons absolument cette problématique avec le secteur public.
Par ailleurs, nous constatons aussi chez les urgentistes libéraux une lassitude croissante en rapport avec des contraintes d’exercice insuffisamment valorisées par l’Assurance maladie : le travail de nuit, les week-ends, les jours fériés, mais surtout les soins des patients avec des pathologies de plus en plus lourdes et complexes. Certains se tournent vers des activités moins contraignantes, hors des établissements, parfois même se réorientent vers d’autres pratiques médicales.
Enfin, dans certains territoires, les rapports avec les tutelles sont parfois tendus, et il nous semble aussi indispensable d’améliorer la collaboration avec les urgences publiques afin de mieux coordonner les soins des patients.

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