Covid-19, vague 2 – Journal de bord – N°3

Recueil de récits

La lutte contre la Covid-19 nous rassemble. Au regard de son écosystème, chaque établissement de santé trouve les solutions pour faire face à cette deuxième vague épidémique. Autant de situations riches d’enseignement pour tous, et aussi, une manière de vous rendre hommage !

Semaine 50 : RETEX de 3 directions d’établissements de santé.

Dr Max Ponseillé, PDG du groupe Oc Santé, Montpellier (34)

Les hôpitaux publics et privés ont été à la hauteur

À l’automne, nous n’avons pas été sidérés. Nos organisations étaient en place et ne connaissaient pas de pénurie d’équipements ni de molécules d’anesthésie. Dans les établissements du groupe Oc Santé, nous avons accueilli jusqu’à 80 patients atteints de la Covid et n’avons pas ou peu déprogrammé notre activité. Cette solution était la plus raisonnable bien que nous n’ayons pas été loin de la rupture en raison même de cette simultanéité et que nous ayons senti une lassitude du personnel. Pour autant, libérer trop de lits en réanimation aurait eu un effet délétère sur la chirurgie lourde, notamment carcinologique.

Durant la première et davantage encore durant la deuxième vague, nos établissements ont pris en charge des patients atteints de la Covid, en service de médecine ou de réanimation, ainsi qu’en SSR avec un service dédié d’une vingtaine de lits. Néanmoins, nous n’avons pas fait face à un afflux massif de patients comme à Mulhouse au printemps, ou à Marseille à l’automne. Aujourd’hui, nous connaissons une activité normale, par exemple en cancérologie ou en cardiologie, et quasi normale en orthopédie ou en ophtalmologie.

Au printemps, les pertes de chance étaient dues d’une part à la déprogrammation totale de l’activité mais tout autant à la décision des patients de ne pas consulter ou se faire soigner. Nous n’avons pas ressenti de pression sur les établissements pour conserver une activité. Nous avons connu un mois et demi de vacuité. Les patients ont aussi moins consulté à l’automne mais il y aura moins de pertes de chance.

En termes d’organisation territoriale, l’ARS était présente mais a laissé les professionnels de terrain s’organiser. L’hôpital public a été très soucieux dès le départ et, ne souhaitant pas trop déprogrammer, s’est organisé très tôt avec nous pour diluer l’impact. À Montpellier, les acteurs hospitaliers se connaissent bien et n’ont pas eu besoin de se découvrir. Nous avons entretenu des contacts très réguliers au fil de réunions hebdomadaires et à l’occasion des réunions du CHU où les réanimateurs de nos cliniques étaient conviés.

Je retiens de cette expérience un sentiment de satisfaction du mode de fonctionnement du système de santé et de sa capacité de résilience. Je tire respectueusement mon chapeau à tous les soignants qui se sont dévoués. Les établissements publics et privés ont été à la hauteur, même si certaines régions ont connu des problèmes de coordination dans l’Est par exemple, ou encore des transferts surprenants à Nîmes. Toutefois, disposer de 10 000 lits de réanimation ou plus serait une gabegie.

Cette crise a démontré notre utilité et conforté notre place. Ayant contribué pendant mes quelques années de présidence de la FHP à faire valoir l’hospitalisation privée, je constate que ces deux vagues successives ont permis d’avancer davantage que des années de travail et de communication. Je note enfin que nous sommes très aidés économiquement et je ressens beaucoup de compassion pour d’autres métiers très impactés. Maintenant, il faut que l’on en sorte, même si un contrecoup est à prévoir après les fêtes. J’espère que la vie redeviendra normale avec la vaccination. Le pire n‘est pas obligatoire.

Jean Lacoste, PDG de l’Hôpital Privé de Provence, Aix-en-Provence (13)

Le système de santé a tenu grâce à l’hospitalisation privée

Dans les Bouches-du-Rhône, la deuxième vague nous a touchés bien plus fortement que la première. Nous en avons senti les prémices dès le mois d’août, puis à la mi-octobre, le taux d’incidence a crû de façon considérable. Début novembre, l’ARS demandait à tous les établissements de santé de déprogrammer totalement leur activité non urgente. Cela a duré 3 semaines. Comme nos confrères, nous avons doublé notre capacité en réanimation et sommes passés de 8 à 18 lits ; nous disposions de 48 lits de médecine Covid en hospitalisation conventionnelle, dont une grande partie de lits de chirurgie convertis.

Si au printemps, l’hospitalisation privée n’a été sollicitée que partiellement, à l’automne, les établissements de santé qui disposaient du triptyque – services d’urgence, de médecine et de réanimation – se sont retrouvés en première ligne indifféremment de leur statut. L’hospitalisation privée bénéficiant de nombreux lits en réanimation dans notre région, nous avons été largement sollicités, de façon concomitante, et sommes tous entrés dans une logique opérationnelle.

La médecine de ville s’est mieux mobilisée et a pris en charge les patients avec des formes légères de la maladie si bien que nous n’avons pas connu d’afflux massif de patients. De même, les transferts entre les services de médecine et de réanimation du territoire se sont très bien passés. Le Samu a reçu des consignes dès le départ et la régulation s’est faite de façon intelligente. Enfin, les trois établissements hospitaliers de notre territoire – le CH d’Aix-en-Provence, la Clinique Axium et nous – se sont bien coordonnés, une coopération d’abord entre les médecins.

La gestion de l’ARS a été au départ pertinente, nous fixant des objectifs capacitaires progressifs par territoire et par établissement laissant chacun s’organiser au mieux en interne. En novembre, devant les prévisions inquiétantes de l’Institut Pasteur et le risque de blocage des CHU dans l’incapacité de poursuivre leur activité de soins lourds, l’ARS a renoué avec une posture classique et impérative, et a demandé à tous de déprogrammer. La reprogrammation se déroule bien : le département des Bouches-du-Rhône peuplé de 2 millions d’habitants est découpé en 4 zones selon lesquelles des objectifs capacitaires progressifs sont fixés par l’ARS. En interne, l’organisation repose sur une excellente collaboration avec le corps médical, intégré aux cellules de crise opérationnelles. Nous sommes aujourd’hui proche d’une activité normale, mais avec beaucoup de patients Covid en réanimation.

Collectivement moins surpris, nous avons eu moins peur. L’état d’esprit était sensiblement différent qu’au printemps. Les équipes ne voulaient pas de cette nouvelle vague mais elles ont été formidables. Les soignants en réanimation ont assumé l’augmentation d’activité sur leurs propres forces. Les libéraux ont doublé les lignes d’astreinte. Indépendants, ils sont devenus véritablement acteurs. La mobilisation de tous était très forte. C’était une expérience de management enrichissante et très productive.

Nous avons lutté contre l’épidémie et poursuivi notre métier. Le système de santé a tenu grâce à l’apport de l’hospitalisation privée qui a fait la démonstration qu’elle était indispensable. Au même titre que l’hôpital, nous avons exercé une mission de service public et la dichotomie entre les secteurs public et privé doit appartenir à l’histoire. Il faut désormais que cela se traduise par une égalité de traitement.

Nous allons travailler encore longtemps avec la Covid. Le cœur du territoire de santé est le CHU autour duquel le système s’organise. Dès lors qu’il se grippe, par effet domino, l’activité des établissements jusqu’aux structures légères est impactée et in fine la pérennité de nos organisations aussi. Rappelons enfin, que si nous avons bénéficié d’une garantie de financement, ce n’est pas le cas de nos médecins libéraux.

Dr Jean-Marc Catesson Président de la FHP Hauts-de-France

L’hôpital public a tiré les enseignements du printemps et a intégré le secteur privé dans le schéma de crise dès le début de la deuxième vague. Travaillant un jour par semaine au CHU, j’avais constaté combien les services craquaient d’un côté et restaient vides de l‘autre. La Voix du Nord m’avait alors donné la parole et elle avait été claire !

Dans la région Nord, le cercle des décideurs en santé est resserré, c’est une clé : j’ai fait mes études de médecine avec le patron du Samu, je connais bien le DGARS et François Guth pilote les 10 cliniques de la métropole de Lille. Assis autour de la table, ces derniers ont organisé une montée en charge régulière de notre secteur au regard de l’évolution de l’épidémie et l’ARS nous a laissé faire. Le DGARS, accompagné de la presse, nous a d’ailleurs rendu visite dans une clinique privée lilloise. Nous avons montré un front uni et avons gagné fortement en image.

Près de 700 patients étaient accueillis simultanément en réanimation dans la région. Le CHU et plusieurs centres hospitaliers étaient au bord de l’implosion. À deux jours près, début novembre, nous avons cru que le système n’allait pas tenir, puis le nombre de patients a commencé à décroître. Nous avons pris en charge en hospitalisation environ 15 % des patients hospitalisés atteints de la Covid dans notre région.

Notre secteur dispose au total de 18 lits de réanimation, peu, mais indispensables, tous occupés par des patients atteints de la Covid ou des patients lourds transférés depuis le CHU. Nous avons naturellement armé des lits de soins critiques supplémentaires et nous bénéficions de 10 autorisations temporaires de réanimation jusqu’à la fin de l’année. Seront-elles renouvelées et surtout pérennisées ? Surtout, nos services de médecine Covid ont servi de tampon et nous avons énormément soulagé l’hôpital.

Nous avons dû batailler auprès de l’ARS pour éviter une déprogrammation qui n’est jamais allée au-delà de 50 % lors de cette deuxième vague.  Aujourd’hui, nous sommes proches d’une activité normale et le CHU prévoit retrouver 100 % d’activité dès janvier.

Des premiers chiffres sur les pertes de chance arrivent et sont inquiétants : entre mars et septembre, 17 % de malades atteints d’un cancer n’ont pas fréquenté les établissements pour un traitement en chimiothérapie et radiothérapie ou pour une chirurgie. La déprogrammation de mars et avril a été fatale, puis les patients n’ont pas voulu « déranger » et quand ils se sont représentés, la deuxième vague a démarré. Nous doublons les cadences actuellement pour rattraper ce retard mais dans mon établissement, en radiothérapie, nous constatons davantage de cancers au stade métastatique…

J’espère que le spectre d’une troisième vague s’éloignera au fur et à mesure de la montée en charge de la campagne vaccinale. Les consignes de sécurité sont scrupuleusement respectées par la population qui n’hésite pas à vous rappeler à l’ordre si vous oubliez votre masque. Les gens du Nord sont exemplaires !

Crédits photos : Privé