Fil vert du 15 décembre 2017

Les initiatives

Le développement durable en dialyse : nécessaire, concret, efficace… et rentable.

 

Pour Christophe Normand, Ingénieur qualité et développement durable du CA3D (Gradignan), « Nous engager dans le développement durable devient nécessaire. D’abord, en raison du changement de culture d’entreprise. Aujourd’hui le management doit être participatif, donc les collaborateurs ont besoin de se retrouver autour de projets comme le développement durable. Ensuite, les patients attendent cela : d’après les études que nous avons menées, l’engagement d’un établissement dans ce domaine peut être un critère de choix pour 64 % des patients. Enfin, nos autorités de tutelle et l’environnement législatif vont nous l’imposer. »

À la Clinique Néphrologique Saint-Exupéry (Toulouse), la gestion de l’eau est un axe stratégique du projet d’établissement qui se décline en 3 actions : stérilisation thermique du traitement d’eau pour limiter l’utilisation de produits chimiques, régulation de la production d’eau en hémodialyse en fonction de la consommation réelle, et recyclage de l’eau de rejet. « L’installation récente de nouvelles unités de traitement d’eau avec désinfection thermique globale est pour nous l’opportunité de développer une solution de régulation du taux de rejet en fonction du nombre de séances », explique Marc Bonaventure, cadre technique et biomédical.
Vincent Lacombe, directeur, revient sur la valorisation des eaux grises : « La plupart de l’eau que l’on consommait, nous la rejetions à l’égout. Nous avons donc mis une cuve tampon. Au fil des années, nous avons enrichi ce système, pour arroser les espaces verts, etc. La stérilisation thermique des générateurs de dialyse provoque sur les canalisations à faible pente le dépôt d’un biofilm qui peut colmater les évacuations. Avec ce réseau d’eau grise, nous créons des chasses pour décaper ce biofilm, au lieu d’utiliser des détergents. »

Pour Georges Bendine, directeur qualité et environnement du groupe Fresenius Medical Care France, « Les résultats au bout de 10 ans démontrent qu’avec une réelle stratégie d’investissement dans du matériel plus économe doté de technologies évoluées, et un changement de comportement des salariés, il est possible de réduire significativement certains impacts environnementaux. » Grâce à un éco-reporting mensuel des données, « nous avons des moyennes par structure et par séance de dialyse. »
Entre 2005 et 2015, par séance de traitement…

  • Énergie : la consommation est passée de 23,11 kW à 18,8 kW, soit sur 10 ans, pour l’ensemble du groupe, l’énergie nécessaire pour faire 6 allers-retours de la Terre à la Lune en Smart électrique.
  • Eau : la consommation est passée de 800 litres à 437 litres. Au total, 67 500 m3 d’eau économisés, de quoi remplir 5 fois le Colisée.
  • DASRI : la production est passée de 1,8 kg à 1,2 kg, notamment grâce à la vidange des circuits extra-corporels, qui évite d’avoir des liquides dans les déchets d’activités de soins. L’économie globale, 10 500 tonnes, c’est le poids de la Tour Eiffel !
  • Équivalent carbone : ce sont au total 102 440 tonnes de CO2 qui n’ont pas été rejetées dans l’atmosphère, ce qu’un avion gros porteur aurait émis pour faire 11 500 fois le tour de la Terre. C’est aussi une économie estimée à 9 160 000 euros pour l’ensemble du groupe depuis 2005.

Une mobilisation de tous les jours

Centre Clinical, Soyaux (16)

« Ce qui sauvera le climat ce ne sont plus des grands sommets diplomatiques classiques, c’est une mobilisation de tous les jours. » Ces propos tenus mardi dernier par le président de la République doivent conforter l’établissement, qui s’investit depuis longtemps, et tous azimuts, dans le développement durable. Pour économiser l’énergie, les idées ne manquent pas : ampoules LED, commandes thermostatiques, boucle d’eau chaude en stérilisation, etc. La réflexion porte maintenant sur l’installation d’une ombrière photovoltaïque sur le parking ainsi que de bornes de recharge pour les vélos électriques. Pour le tri, pas moins de 35 filières existent déjà, la prochaine étape étant le tri des plateaux repas en chambre. Tri des plateaux aussi au self, où 30 % des produits sont bio, et les espèces de poisson considérées comme menacées sont bannies. L’entretien des locaux est lui majoritairement assuré par des produits écolabélisés et pré-dosés, et c’est une pompe à injection qui permet de traiter les bacs à graisse et siphons. Côté jardin, le désherbant utilisé est à base… de géranium.
Mais le développement durable, c’est aussi la qualité de vie au travail. Une priorité de la direction depuis plusieurs années qui s’est engagée en mars 2017, avec le CHSCT et le médecin du travail dans la démarche QVT, animée par l’ARACT et l’ARS. Cette démarche de QVT permet d’acquérir des outils et d’être accompagné pour améliorer les conditions de travail du personnel. Une belle manière de favoriser les échanges et de faire émerger des actions autour de la qualité de vie au travail. Le Centre Clinical prend soin de son personnel, mais veille sur ses patients, comme en témoigne la journée du 12 novembre consacrée à la santé environnementale. Le Dr Isabelle Farbos, biologiste experte en épigénétique, est venue expliquer les impacts de l’environnement sur la santé dans le cadre de la démarche environnementale de la maternité. Un audit a immédiatement suivi. Matériaux, produits utilisés, pratiques professionnelles ont été scrutés. À la clef, un groupe de travail, une politique d’achats responsables encore renforcée, une page dédiée à la santé environnementale qui sera ajoutée au livret remis aux parents, et des ateliers « nesting ». Une mobilisation de tous les jours, donc…

Le dossier

Le développement durable dans l’œil de l’ANAP

L’ANAP a été missionnée pour mettre en œuvre un Observatoire du développement durable en santé. Fruit de la « Convention relative au développement durable entre l’État et les fédérations du secteur sanitaire, social et médico-social 2017-2020 », signée le 8 mai 2017, cet Observatoire veut permettre aux structures sanitaires et médico-sociales d’évaluer annuellement la maturité de leur démarche.

Quels sont les principaux constats ?

Le volet gouvernance
Les structures sont sensibilisées aux enjeux du développement durable, auquel elles ont pour la plupart dédié des ressources. Mais des progrès restent à faire, notamment pour améliorer le dialogue avec les parties prenantes, celui-ci n’étant tourné que vers le premier cercle de la structure. Les patients, accompagnants, fournisseurs et partenaires sont peu associés.

Les volets social et sociétal
Ils présentent des taux de maturité élevés. Les maturités des démarches d’amélioration de la qualité de vie au travail, du dialogue social et des parcours professionnels sont fortement corrélées. Cela suggère un cercle vertueux : les structures engagées dans une démarche d’amélioration continue mettent en place plus facilement les différents volets du développement durable. Les structures se distinguent sur deux points de la moyenne des entreprises françaises : elles emploient davantage de personnes résidant à proximité (56 % vs 50 %) et elles atteignent à 82 % (vs 52 %) le taux d’emploi cible des personnes en situation de handicap.

Le volet environnemental
C’est le moins renseigné, or c’est celui qui nécessite le plus de données chiffrées.
Peu de structures sont capables de fournir les données de base telles que la consommation d’eau, le volume d’énergie facturé, le poids des ordures ménagères, etc.

Comment objectiver des résultats en l’absence d’indicateurs ?

Les données lorsqu’elles sont renseignées montrent sur les deux dernières années – par journée d’activité théorique – une quasi stabilité de la consommation en eau (+ 0,9 %) et de la production de déchets (3,3 kg d’ordures ménagères), et une augmentation significative de la consommation d’énergie (+ 3,4 %).

Le volet économique et achats
Il est révélateur d’une stratégie de développement durable qui peine à se traduire en actions concrètes et mesurables. Si 55 % des structures ont engagé une démarche d’achat responsable, plus de la moitié des structures n’intègre pas encore de critères de développement durable dans les marchés. Plus de la moitié des répondants indiquent chercher à réduire l’impact environnemental des achats, présentent une maturité élevée dans la gestion des déchets et indiquent avoir au moins un fournisseur ayant des engagements vérifiables. Pourtant, aucune corrélation n’apparaît entre maturité de la démarche d’achat responsable et réduction de la production de déchets.
Les structures semblent pilotées principalement à partir de critères budgétaires : les indicateurs extra financiers pourtant bien identifiés ne sont pas systématiquement exploités.

Pistes d’action
Bien que sensibilisées, les structures répondantes manquent d’opérationnalisation de la démarche. Leur approche demeure assez théorique, et manque de pilotage opérationnel outillé avec des indicateurs de suivi et de résultat.

De la 1re campagne de cet observatoire, l’ANAP dégage des pistes d’action : outiller le pilotage opérationnel et le suivi des consommations énergétiques, identifier et valoriser les ressources clés, promouvoir le bien-être au travail, concrétiser les engagements d’achat responsable, et œuvrer à la réduction des ordures ménagères et des déchets alimentaires.

Méthodologie
Pour concevoir cet observatoire, 90 structures se sont retrouvées autour de huit ateliers de travail : Pilotage de la démarche, communication, volet social et humain, politique d’achat, préservation des ressources, prévention et gestion des déchets, transports et déplacements, et promotion des systèmes d’information de santé.

La première campagne de collecte de données, du 1er juin au 11 septembre 2017, a porté sur 426 structures volontaires, issues de toutes les fédérations (dont 69 % du secteur sanitaire, 44 % de l’échantillon ayant une activité MCO).
Avec 139 structures, soit 29 % des répondants, l’hospitalisation privée revendique la plus forte participation. Les répondants sont majoritairement des directeurs (38 %) et des responsables qualité et gestion des risques (34 %).
Les structures – qui sont majoritairement de taille moyenne, moins de 250 salariés – ont répondu en moyenne à 74 % des questions posées.

http://rse.anap.fr/